Dans les deux articles à venir l’AIMSIB souhaite contribuer à la compréhension des ratés majeurs du système de pharmaco-vigilance français de cette fin de vingtième siècle. La masse d’archives totalement inédites proposée ici, mais aussi son patient décryptage, pourrait permettre un jour à quelques professionnels compétents de tirer toutes les conséquences des faillites médicales, expertales et judiciaires démontrées ici. Bonne lecture.

Les documents afférents au Docteur Marc Girard – ancien expert judiciaire et spécialiste en sciences du médicament, pharmacologie et pharmaco-épidémiologie – dans l’affaire du vaccin contre l’hépatite B peuvent être téléchargés ici : Observatoire de la Sécurité du Médicament . Ces document – mis à la disposition du public pour la première fois – nous ont été communiqués et cela nous a pris plusieurs semaines pour tout analyser. Nous recommandons aux lecteurs de télécharger et conserver ces documents si jamais ils venaient à disparaître du web… 

 


Lexique :

ADEM : Acute disseminated encephalomyelitis – pathologie démyélinisante centrale semblable à la sclérose en plaque
CRPV : Centre Régional de PharmacoVigilance
DGS : Direction Générale de la Santé
PSUR : Periodic Safety Update Report (rapport périodique de tolérance)
PV : PharmacoVigilance
REVAHB : Association des victimes du vaccin hepatite B
RCP : Résumé des Caractéristiques Produit
SEP : Sclérose en plaque
TGI : Tribunal de Grande Instance
VAERS : Vaccine Adverse Event Reporting System – base américaine de pharmacovigilance vaccinale
Vigibase : base de pharmacovigilance de l’OMS


 

Dr Vincent Reliquet (VR) – Cher Marc on ne peut cacher à nos lecteurs que les débuts de nos relations épistolaires furent largement empreints d’animosité voire, on pourrait dire, d’inutile rudesse. C’est loin déjà et les sujets sérieux actuels auxquels nous sommes confrontés méritent beaucoup plus que de vaines querelles. Je précise que ta présence exceptionnelle sur notre site ne signifie aucunement que tu te sois rendu membre de notre Association. Tu as refusé notre mirobolante proposition, nous prenons acte ici de cette marque de volonté de ta part.

Le 15 Janvier 2001 donc, suite à la plainte de six familles conduites par le REVAHB et compte tenu de tes compétences reconnues depuis de longues années s’agissant de l’aspect technico-réglementaire des médicaments le TGI de Paris devait te confier une énorme mission d’expertise autour de la toxicité potentielle de la vaccination contre l’hépatite B. Tu en as rédigé un rapport effarant, long de 202 pages dont nous recommandons la lecture complète ici https://www.securite-medicament.fr/laffaire-du-vaccin-contre-lhepatite-b/ Un contributeur, qui n’est certes pas toi, l’a transmis à l’AIMSIB il y a quelques mois. Réagir sur tous les points de ce texte nécessiterait au moins 202 questions : Nous tenterons de nous en tenir à l’essentiel. A minima, nous invitons quand même nos lecteurs vaccinés avec Genhevac© à lire attentivement la section 3.2.2.1.2 (pages 49 à 55) dans laquelle on apprend qu’on a organisé une campagne de vaccination de masse avec un produit totalement défectueux dont on savait que son seul avenir raisonnable imposait son preste retrait du marché.

Dr Marc Girard (MG) – Merci de vous intéresser à ce travail dont l’origine remonte à plus de quinze ans, mais qui reste utile pour comprendre le traitement judiciaire des affaires de santé publique.

Il me semble qu’un minimum de remémoration sera utile pour comprendre l’inspiration et l’organisation de ce travail qui, hors annexes, totalise 650 pages dont vous pouvez attester qu’elles sont denses (plus de 270 000 mots) et truffées de pièces inédites.
Lorsque le Pôle Santé m’avait chargé d’une expertise générale (en sus des expertises individuelles de victimes) pour essayer de comprendre ce qui s’était passé avec la campagne de vaccination universelle contre l’hépatite B, il était facile de voir qu’absolument débordées par le drame qu’elles avaient enclenché, les autorités avaient fait globalement le pari de la fuite en avant moyennant moult dénis et falsifications : malgré les résistances du public (d’une partie, au moins), on vaccinait donc à tour de bras, à la différence des affaires que je connaissais où la judiciarisation était venue après l’arrêt du produit litigieux (sang contaminé, Distilbène, hormone de croissance…). J’avais donc un sentiment d’urgence très écrasant et je souhaitais fournir au plus vite à la Justice le minimum d’éléments factuels qui lui permettraient d’agir[1].

Sur la base de quoi, j’avais proposé à la juge de lui fournir aussi vite que possible, sous forme de pré-rapport, les principaux éléments qui me semblaient pertinents, à charge pour elle de m’indiquer en retour ceux qui lui paraissaient le plus judiciarisables afin que je me concentre sur eux pour rédiger un rapport définitif (cela ne me posait aucun problème d’anticiper que les éléments qui paraissaient le plus graves au spécialiste du médicament ne soient pas superposables à ceux qui seraient le plus significatifs pour un juge : j’avais toujours été impressionné qu’un criminel de l’envergure d’Al Capone tombe sur une bête histoire de fraude fiscale).

Dès l’ordonnance de ma mission au printemps 2002, je m’étais mis au travail littéralement jour et nuit, pour remettre à l’automne un pré-rapport de 450 pages, rédigé dans une optique obsessionnellement didactique : résumé au début de chaque section, glossaire, index, quelque 600 notes de bas de page, renvois innombrables… Toutes les personnes qui avaient eu un accès partiel ou intégral à ce pré-rapport venaient avec la même question : « quand la juge va-t-elle lancer les premières mises en examen ? », à quoi celle-ci répondait invariablement « avant la fin de l’année » (nous étions dans la seconde moitié de novembre). Mais peu avant cette échéance, elle allait découvrir que l’affaire du Buffalo Grill, était – par contraste – « un vrai problème de santé publique » : celle dont je m’occupais disparut des écrans[2], et je compris que mes interlocuteurs ne feraient jamais rien de significatif avec cette affaire. Il m’avait fallu environ six mois pour prendre la juste mesure du Pôle santé…

Si émoussé que je fusse, j’ai néanmoins l’habitude de tenir mes engagements. En avril 2004, je finalisais en 200 pages un rapport « définitif » (évidemment sans aucune illusion), en adoptant un point de vue plus synthétique – à charge pour qui le voudrait (parties civiles, associations, médias, tribunaux[3]…) d’en tirer les enseignements utiles.

VR- Page 15: Dès le départ tu signales que malgré l’émission de plusieurs commissions rogatoires notamment diligentées auprès des laboratoires Pasteur et SmithKline-Beecham certains documents n’ont finalement jamais été obtenus par la justice et donc ne t’ont jamais été transmis pour analyse. Certains autres t’ont été livrés par vracs de milliers de pages en format A4, sans adressage ni mode de classement ni pagination. Enfin certains acteurs-clés salariés des firmes ont purement et simplement refusé de te rencontrer (p15) … Comment comprends-tu que la justice française ait pu se laisser bafouer ainsi sans sévir auprès de ces firmes ?

MG – Cette demande d’interview m’est parvenue quand je lisais l’ouvrage de E.P. Thompson La guerre des forêts (La Découverte, 2014) où, à propos de l’incroyable brutalité législative[4] qui s’est imposée en Grande-Bretagne à partir de 1723 pour légitimer une conception de la propriété plus compatible que la tradition avec le capitalisme, l’éminent historien écrit que « le règne du droit n’est qu’un masque de plus pour le règne d’une classe » (p. 103). Qu’il s’agisse de la protection de l’expertise, des élucubrations aussi insensées qu’opportunistes sur la supposée différence entre la « causalité scientifique » et la « causalité juridique », ou encore de la désinvolture des magistrats quant au juste prix de la réparation chez les victimes de la criminalité médico-pharmaceutique, le « masque du droit » aura été, dans mon expérience de la justice[5], le fil rouge permettant de déchiffrer la déconcertante complaisance de la justice française pour le bafouement que lui a infligé Big Pharma de façon de plus en plus désinvolte. Comment s’en étonner ? Les aberrations jurisprudentielles auxquelles ont consenti les plus hauts magistrats[6] satisfont un programme facile à déchiffrer : ne pas contrarier, même dans ses pires excès, la voracité désormais sans borne du capitalisme contemporain. On reste sidéré par l’indigence et par la fausseté objective des arguments gobés et relayés sans la moindre vergogne tant par la Cour de cassation (Colloque du 23/11/2000) que par le Conseil d’État (avril 2019)[7]. Pour pasticher une blague connue, les juges français sont, par rapport aux instances dirigeantes de la pharmacie industrielle, dans la position suivante : « il faut bien qu’on les suive puisqu’on est supposés les contrôler ».

Évoquer, comme je le fais souvent, la dimension politique d’une telle dérive n’empêche pas, bien au contraire, d’apercevoir les comportements individuels qui l’ont rendue possible. Prends l’exemple du refus que m’ont opposé les firmes de répondre à mes convocations : à supposer qu’il existât des justifications juridiques à ce refus, rien n’empêchait les juges, qui disposaient, eux, d’un pouvoir de contrainte, de convoquer les responsables dont je recherchais les explications et de se faire assister par leur expert lors des auditions auxquelles ils procéderaient. Cette précaution eût allégé le dossier d’instruction d’interrogatoires rendus atrocement insipides par l’incompétence pharmaceutique du juge qui les avait assurés : que dirait-on d’un juge instruisant un dossier de viol sans savoir à quoi servent les organes génitaux ?… Or, Big Pharma a plein d’organes dont il vaudrait mieux connaître le fonctionnement, sous peine de se faire baiser…

Comme je dis souvent, une bonne anecdote vaut parfois mieux qu’une longue démonstration. Pour un professionnel du médicament, ce fameux colloque de novembre 2000 avait toutes les allures de ce qu’en marketing pharmaceutique on appelle « une action d’environnement » (faire plaider une cause par des instances prestigieuses apparemment plus propres sur elles que les visiteurs médicaux), et je pressais la juge d’instruction d’ordonner une perquisition simultanée à l’Académie de médecine (à laquelle appartenait l’orateur du colloque) et la Cour de cassation (organisateur du colloque) – évidemment en vain. Je l’avais de toute façon assurée que si elle ne faisait rien, je prendrais l’initiative d’écrire directement au premier Président de la Cour de cassation pour solliciter un minimum d’explications sur cette étrange synchronisation. En foi de quoi, je débarquais un jour dans le bureau de la Juge avec la lettre que je venais d’écrire à Guy Canivet (lequel, soit dit en passant, s’est empressé de me répondre fort courtoisement) : de ma vie, je n’ai jamais vu quelqu’un blêmir aussi spectaculairement – elle est devenue aussi blanche que le papier de la lettre que je lui tendais (ou que les feuilles A4 que les « experts » de la pharmacovigilance, avec une inimitable assiduité, avaient couvertes de bâtons et de croix à fins de leurs dénombrements épidémiologiques…).

VR- Page 17 : tu nous apprends qu’en 1994 quand Philippe Douste-Blazy décrète la vaccination anti-HBV des enfants et des pré-adolescents comme fortement recommandée, aucune agence française (Institut de Veille Sanitaire, Comité Technique de la Vaccination, Conseil Supérieur Public d’Hygiène de France, Ministère de la Santé, Direction Générale de la Santé, etc …) n’était capable de produire des chiffres précis de l’incidence de l’hépatite B en France ni de ses complications. Tout le monde aurait suivi l’avis du Pr Max Micoud, infectiologue grenoblois « expert de l’administration comme du fabricant » (du vaccin). Belle démonstration de ce qu’un conflit d’intérêt ponctuel peut générer au final sur l’état de la santé publique en général…

MG – Je vais essayer de l’exprimer en politiquement correct (une langue pour laquelle je ne suis pas très doué naturellement) : même ses anciens amis ont fini par se convaincre que Philippe Douste-Blazy n’était pas – disons : intellectuellement très performant… Comme crûment expliqué par un responsable du marketing pharmaceutique de SKB[8], il a été, dans les pays développés, le seul responsable politique à gober l’argumentaire minable de Smith Kline Beecham pour promouvoir une « vaccination universelle » contre l’hépatite B. La suite – la façon dont les conneries d’un seul homme peuvent générer des catastrophes incalculables – s’analyse comme une intrication de complaisances individuelles ou collectives, de lâchetés, d’incompétences : en tout état de cause, le lecteur intéressé trouvera sur mon site quelques centaines de contributions consacrées à ce sujet et à ses ramifications.

Le Vigilant (LV) – On tombe de sa chaise quand on découvre que les fabricants sont manifestement impliqués dans les décisions d’imputabilité du CRPV et même qu’ils décident du rejet d’une modification du RCP (Pré-Rapport page 43 note 13 et page 225), une conférence de consensus organisée par un fabricant de vaccin, un académicien indiquant qu’il fait “entière confiance aux laboratoires producteurs du vaccin pour avoir effectué tous les essais de tolérance requis.”. (Pré-Rapport page 46 – reprise du bulletin de l’académie de Médecine http://www.academie-medecine.fr/a-propos-de-la-vaccination-contre-lhepatite-b-plaidoyer-pour-un-principe-de-protection/ ) – alors que la notice d’Engerix indique que le suivi a duré 4 jours… Alors corruption, soumission ou incompétence ? Un peu tout ça à la fois ?

MG – « Corruption, soumission, incompétence » ne sont pas des options indépendantes, mais un continuum en ses divers états. Lorsqu’une organisation est prise en charge (généralement pour raison d’accointance politique, parfois plus simplement pour des histoires de cul) par quelqu’un qui n’est pas à la hauteur, il commence par s’entourer de gens qui sont encore moins à la hauteur, ce qui lui évite de se confronter à sa médiocrité. Puis, lorsque tout ce petit monde a commis les conneries inhérentes à son incompétence, l’heure de la corruption sonne alors : il faut les cacher par tous les moyens, y compris les pires (rétention, falsification, propagande…). Ajoute alors l’estocade d’un juge qui clame comme article de foi « il n’y a pas de sanction pénale pour la connerie », et tu as toute l’histoire que j’explique depuis près de 20 ans, laquelle dépasse largement la seule vaccination contre l’hépatite B : une pharmacovigilance radicalement incompétente, qui ne tient que par sa soumission interne (la hiérarchie du milieu) et externe (les décideurs politiques ou administratifs), et qui accepte toutes les corruptions quand il s’agit de dissimuler la catastrophe d’une mesure sanitaire à laquelle elle n’a rien compris du début à la fin (vaccination « universelle »).

LV- Le n’importe quoi généralisé de la pharmacovigilance est malheureusement démontré trop souvent : l’utilisation d’une méthode d’imputabilité inapplicable aux vaccins (complications irréversibles par nature – auto-immunes, leucémies – classées de facto en imputabilité douteuse I1), les erreurs dans les dossiers (les statuts, dates et âges des patients comme les références produits sont erronés – Pré-Rapport pages 55 et 441), les problèmes de classification (Pré-Rapport page 82 – paragraphe principal et note 55), une campagne de vaccination pédiatrique dans laquelle la population générale sert à “évaluer la tolérance du produit chez les enfants et les nourrissons” (Pré-Rapport page 83 1er paragraphe et note 58 – confirmée par la page 234), la sélection et l’évaluation des notifications (la lecture des pages 166 à 173, 176 – en particulier la note 211 – 180 à 186, 191 et 260 à 261 du pré-rapport est absolument indispensable), le rechallenge pris en compte uniquement pour les cas bénins et non les graves pour on ne sait quelle raison (pages 205 et 224), la vague d’imputabilité « douteuse » contre l’évidence (pages 206 et 207). Comment réagit-on en découvrant ça ? Éclats de rire (jaunes) ? Consternation ?

MG – Il me semble que ce que tu décris illustre parfaitement les différents états du continuum qu’on vient d’évoquer : incompétence, soumission, corruption.

LV – Ce qui ressort, c’est qu’en voyant la catastrophe arriver en direct, les responsables ne font… rien (page 96 note 91) à part lancer une enquête de pharmacovigilance qui consiste en gros à ne rien faire (second paragraphe page 132). Une alerte de PV sur les leucémies émane du CHU de Brest, un cas-témoin américain publié, et en France on ne fait rien. On note que pour les plus éminents membres de la PV française, un risque relatif d’ADEM jusqu’à 2 ne « justifierait pas une analyse globale du problème » (rapport final, page 82) Comment expliquer cette inaction ? C’est juste que tout le monde s’en fout ? Peur de soulever le tapis et de révéler la merde qui se trouve en dessous ?

MG – Quoique je fasse partie, objectivement, des pères fondateurs de la pharmacovigilance française (il n’y a pas de quoi se vanter, mais bon), j’ai été en froid dès le début des années 1980 avec ses principaux responsables (qui font mine de me snober aujourd’hui, mais avec lesquels j’étais naturellement à tu et à toi à cette époque). On peut penser que, dès cette époque, j’étais déjà un méchant infréquentable mais aux alentours de 1990, le leader de cette clique aurait confié à l’un de mes clients : « le problème avec Girard, c’est qu’il est trop intelligent » ; je répondis à mon aimable informateur que le reproche ne me paraissait pas s’appliquer à beaucoup de collègues dans le milieu… De fait, dès l’origine, je m’étais montré fort critique avec le principal sujet de fierté de la pharmacovigilance française, à savoir la prodigieuse méthode d’imputabilité concoctée par Bégaud et quelques autres (dont la responsable de la pharmacovigilance de GenHevac) : « méthode » toujours en vigueur, dûment spécifiée par le Code de la santé publique, et dont l’incomparable génie s’illustre, entre autres, par le fait que plus un effet indésirable est grave, plus le lien de causalité est incertain… Ma méchanceté naturelle s’est donc, en cette occurrence, exprimée par mes dénonciations répétées de l’incompétence dont tu cites d’autres exemples. On ne sait s’il faut rire ou pleurer de voir Bégaud prétendre, dans un article intransigeant, que la limite du tolérable en pharmacovigilance serait un maximum de trois notifications[9], tout en participant très officiellement à une enquête proclamant qu’il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat si la vaccination contre l’hépatite B se soldait par un doublement du risque relatif de pathologies démyélinisantes : or, par quelque bout que l’on prenne les chiffres ou les estimations disponibles, un tel doublement se solderait par des dizaines de milliers de victimes.

Donc, pour répondre à ta question, le vrai problème n’est pas que « tout le monde se fout » des complications vaccinales : tout le monde se fout que, depuis son origine, le personnel de la pharmacovigilance française soit une bande de Pieds-Nickelés. Cherchez de qui ça fait l’affaire.

LV – On a beaucoup parlé des SEP adultes mais pas du tout des SEP pédiatriques (« particulièrement démonstratives du risque vaccinal » d’après les plus éminents neurologues alors que le CRPV impute tout en douteux) ni des autres effets indésirables tous aussi effrayants (dont on a un aperçu dans les notes de bas de page 114 ou dans la note 326 page 252). Comment expliquer cela en plus du fait que malgré des effets indésirables de niveau d’imputabilité élevé et tous les malades indemnisés par la DGS, il n’y ait aucune mention de ces pathologies dans le RCP ?

MG – L’étude du Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP) en ses divers états serait très instructive dans la perspective qui vient d’être évoquée (incompétence et corruption, notamment). Je rappelle que, sauf erreur de pointage, la seule affaire civile (parmi des centaines) ayant abouti à une condamnation définitive d’un fabricant reposait sur une discordance entre le RCP (qui mentionnait le risque de SEP) et la notice-patient (qui l’ignorait). Personne ne s’est souvenu que j’étais l’auteur de l’argument, mais preuve était faite, en tout cas, que ça peut servir d’avoir une bonne connaissance de la réglementation pharmaceutique quand on s’intéresse aux abus de Big Pharma.

LV- Dans les documents remis au juge, tu reviens sur cette histoire de polémique soit-disant « franco-française » avec ces démyélinisations centrales qui n’auraient existé qu’en France. Or tu as écrit que la demande de modification de notice visant à ajouter la mention de SEP au RCP avait été faite dès le début 1992 (donc antérieure à la campagne de vaccination de masse) et émanait de la maison-mère internationale du fabricant d’Engerix, de plus tu as fait une revue de la littérature montrant que les premiers case-reports publiés dans la littérature internationale venaient de l’étranger – sans même parler des notifs présentes dans les PSURs.

En 2005, donc après la remise de tes rapports aux magistrats, les Geier ont publié une analyse de disproportionnalité faite sur la base américaine VAERS montrant des signaux très forts sur les maladies auto-immunes en général et en particulier sur les SEP et névrites optiques.

Pour préparer cette interview j’ai fait une recherche (1er septembre 2019) dans le VAERS qui renvoie 162 notifications de SEP (code 10028245 -MULTIPLE SCLEROSIS) avec les 2 vaccins recombinants disponibles alors (Recombivax-HB / Engerix-B), dont certaines remontant à 1990 (par exemple un cas de vaccination faite en décembre 1988, symptômes en janvier 1989 – VAERS ID: 026450-1) rien que pour le territoire américain. Lorsqu’on fait une recherche sur les déclarations « foreign » donc issues en quasi-totalité de la pharmacovigilance internationale des fabricants on a 553 notifications dont la plus ancienne semble remonter à 1991.

Dans Vigibase – la base de pharmacovigilance de l’OMS qui ne reçoit que des notifications des autorités nationales des pays membres – on trouve à ce jour 1884 notifs de SEP pour les vaccins HB, ce qui signifie qu’au moins 75 % de ces cas émanent là encore de l’étranger. 

On peut comprendre que le signal ait été particulièrement fort en France car effectivement le cas français est un peu particulier : Genhevac ; n’a été commercialisé qu’ici et un schéma 4 doses a été imposé à Engerix pour ne pas pénaliser son concurrent français, ce qui dans une relation classique dose-réponse ne pouvait qu’exacerber la toxicité.

Sais-tu qui est à l’origine de cet élément de langage de « polémique franco-française » ? L’administration sanitaire ou les fabricants ? Comment pouvait-il encore tenir après la publication des études de Hernan (étude faite sur la General Practice Research Database (GPRD) britannique) et des Geier (VAERS – base de données américaines) ? Il semble que tu as toujours été le seul à dénoncer cette falsification de plus.

MG – Il y a deux aspects dans cette question : 1) la gestion française de la campagne vaccinale internationale ; 2) la gestion internationale des signaux de pharmacovigilance.

  1. J’y reviens un peu plus loin : c’est une erreur caractérisée, vaguement complotiste, de dénoncer la responsabilité des fabricants dans le scandale de la campagne vaccinale française. Il faut prendre la mesure de ce qu’était, en France, l’industrie pharmaceutique à cette époque : juste capable d’organiser des bouffes pour les médecins jamais récalcitrants, fondamentalement amateure, rigoureusement incompétente en recherche clinique et totalement dépassée par la stratégie commerciale « moderne » d’une maison-mère camouflée derrière le fallacieux prestige de l’OMS. J’ai encore en mémoire la réaction de la responsable de la pharmacovigilance d’Engerix quand je lui demandais, en 2000, pourquoi il n’avait été procédé à aucune étude cas/témoin sur le problème des scléroses en plaques : elle leva les yeux et les bras au ciel et me répondit, accablée, qu’il aurait fallu inclure « au moins 800 000 patients » (je dis bien : « huit cent mille »). En d’autres termes, elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’était une étude cas/témoins. Je maintiens donc que les Pieds-Nickelés de la pharmacovigilance française officielle (que « le monde entier » nous enviait, dixit cette même pharmacovigilance) n’avaient nul besoin, pour merder comme ils l’ont fait, des médiocres salariés de l’industrie pharmaceutique (schizophrènes ou psychorigides invirables, anciens commerciaux au chômage technique par suite d’une fusion, femmes d’âge canonique reprenant un petit boulot de courrier médical après avoir élevé les gosses, viragos en instance de divorce…) qui avaient échoué dans un service de pharmacovigilance parce qu’il fallait bien les caser là où ça ne gênait personne. De mémoire (mais je peux me tromper), je pense que l’expression « franco-française » est de moi, et qu’elle visait à caractériser ironiquement l’argumentaire de l’administration française qui, incapable de gérer l’épidémie de complications qu’elle avait provoquée, s’est ingéniée à inventer et à répéter qu’on n’avait ça nulle part ailleurs, alors que la plupart des représentants de cette administration ne lisaient même pas l’anglais (d’où ma recherche bibliographique identifiant sans effort des centaines d’articles traitant du sujet). Je n’ai pas besoin, mon cher Confrère, d’insister sur le fait que pour débilissime qu’il fût, cet argument d’une épidémie « franco-française » a été repris en boucle par la majorité des professionnels de santé dans notre pays : s’ils n’étaient pas capables de pianoter sur leur ordinateur avec quelques mots-clés, du moins eussent-ils pu réfléchir que, investigation américaine menée sur une base de données britannique, l’étude de Hernan et coll. (dont les résultats préliminaires furent disponibles dès l’automne 2003) suffisait à elle seule pour réfuter la galéjade d’un problème limité à la France…
  2. Incapables de mettre sur pied les études élémentaires qui eussent dû s’imposer avant comme après le lancement de la campagne vaccinale, les pharmacovigilants de l’administration, suivis avec ardeur par les conseils du REVAHB[10], se sont enferrés sur des élucubrations insensées concernant la notification spontanée ou ses dérivés (attendus/observés, capture/recapture, VAERS…). Or, la chose est très simple : hormis quelques situations rarissimes où il n’existe pas de « bruit de fond » (apparition d’une queue rouge sur un derrière bleu, par exemple), la notification spontanée est ininterprétable. Elle l’était déjà quand les médicaments faisaient l’objet d’études sérieuses au cours du développement, elle l’est encore plus depuis qu’avec l’aide des blaireaux qui l’ont promue comme remarquablement innovante, elle résume à elle seule la surveillance des médicaments. Dans les contraintes de place qui me sont imparties, on peut donc dire que la tolérance des médicaments actuels ne fait l’objet d’aucune évaluation sérieuse – les décisions en matière de pharmacovigilance répondant à des déterminismes (politiques, économiques, concurrentielles, propagandistes…) qui n’ont RIEN à voir avec la tolérance des médicaments. Note que pour sacrilège qu’il paraisse, mon propos sur la notification spontanée n’a rien de neuf ; si tu suis, par exemple, les analyses « officielles » du VAERS, tu constates que tout le monde est content quand aucune alarme n’est remontée du système, alors qu’à chaque alerte, les dénégations pleuvent au motif des insuffisances « bien connues » de ce mode de recueil. Mais cherche un autre système de surveillance dont les insuffisances ne seraient pas « bien connues » : il n’y en a simplement pas.

 

Fin de la première partie. Ne manquez pas « Vaccin anti-HBV, rapport d’expertise judiciaire du Dr. Marc Girard : Suite et fin » à paraître le 6 Octobre 2019

 

Sources et renvois
[1]J’entends déjà les bons apôtres qui s’offusqueraient qu’un expert judiciaire, supposé « impartial », ait des idées antérieures à sa désignation : mais l’impartialité n’est pas l’aveuglement ni l’ignorance, et (comme plus tard avec la grippe porcine) c’était bien au contraire la preuve de mon expertise d’avoir été dans les premiers à repérer que cette histoire sentait mauvais (cf. ma lettre au BEH du 25/05/1995). La judiciarisation de la vaccination contre l’hépatite B n’a pas manqué « d’experts » qui, à l’inverse, n’ont jamais rien vu d’anormal avec cette histoire, et il est facilement documentable que la justice a une nette préférence pour eux…
[2]L’émergence inopinée de ce souci était d’autant plus évocatrice que, dans les dizaines d’heures de conversation que nous avions eu les semaines précédentes et où elle me parlait à cœur ouvert – et sans souci palpable du secret – de ses affaires en cours (les plus individuelles [attentat du 14/07/2002 contre J. Chirac] comme les plus collectives [guerre du Golfe, Tchernobyl…]), elle n’avait jamais fait la moindre allusion à cette affaire précise. C’est la raison pour laquelle j’ai pu dire textuellement (et à juste raison) au Procureur de Paris que j’étais le seul responsable de l’affaire du Buffalo-Grill : il fallait bien trouver un prétexte pour ne pas agir dans l’instruction sur la vaccination…
[3]Le REVAHB, en particulier, n’étant pas lié au secret de l’instruction, rien ne l’empêchait d’utiliser ce travail au bénéfice de ses adhérents et leurs actions en cours.
[4]La peine de mort, par exemple, pour le ramassage du bois mort, aux termes de ce qu’on qualifie depuis cette date de « bloody code » (code sanglant).
[5]Telle que récapitulée dans de nombreux articles sur mon site.
[6]Parmi ces aberrations, j’ai toujours beaucoup de succès à narrer celle que m’a infligée la Cour de cassation sommée de préciser le statut de l’expert judiciaire : « L’expert n’est pas tiers. L’expert n’est pas partie. L’expert est condamné aux dépens… ».
[7]Je laisse à juridiquement plus compétent que moi le soin d’analyser s’il n’y a que du hasard dans le fait que l’éminent magistrat qui a défendu devant ses collègues des vues si favorables aux lobbies pharmaceutiques (lors du colloque de novembre 2000) soit le même que celui qui, à la présidence de la première Chambre civile, a bouleversé la jurisprudence du licenciement dans un sens apparemment plus favorable aux intérêts des actionnaires qu’à celui des salariés…
[8]« L’habile stratégie d’un labo », Science et Avenir, jan 1997, p. 27.
[9]Bégaud B et al. (1994). False-positives in spontaneous reporting: should we worry about them? Br J Clin Pharmacol 38(5): 401-4
[10] Prêts à ergoter des années durant pour imposer leurs 453 notifications en lieu et place de 449 de la pharmacovigilance officielle, sans jamais voir que le nombre réel de victimes se compte par dizaines de milliers.

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