Nous voulons vous proposer ici une analyse critique de ce qui fut une parfaite opération de communication, de propagande, de désinformation médicale et qui devait faire les choux gras de toute la presse généraliste mondiale. Il fallait faire admettre que cette dernière étude pouvait enterrer définitivement toute polémique dans la responsabilité des vaccins ROR avec de possibles inductions d’autismes régressifs. En fait, vu la nullité de l’étude présentée, il n’en est rien: On n’en sait pas plus. Vous verrez qu’il faut toujours faire très attention à ce qui est écrit mais aussi à ce qui n’est l’est pas. Certains points de cette étude sont si rédhibitoirement abominables qu’en fait ce travail épidémiologique est entièrement destiné à la poubelle de la malscience… Bonne lecture.


Post Scriptum : une note a été ajoutée en fin de cet article, un aimable lecteur nous ayant fait remarquer que le code F84.3 ne correspond pas à la définition stricte de l’autisme.


 

L’étude en question [1], parue en Avril 2019, est accès libre ici. Cet accès est donc très probablement financé par un sponsor, en l’occurrence la Novo Nordisk Foundation qui est une émanation d’un fabricant de vaccins. Il eût été plus clair, de la part des auteurs et des éditeurs, de le dire clairement. C’est donc (sans que ce soit écrit) une étude plus ou moins « commanditée » par l’industrie des vaccins ; elle vise à innocenter le ROR ; qui est le MMR en anglais.

Le fichier pdf de l’article est ici, pour accéder aux données complémentaires il faut forcément passer par le site web originel et cliquer sur « Supplements » car l’accès à ce fichier est protégé par un système d’expiration de jeton.

Cohorte danoise

Dans quelle catégorie ranger cette étude ?

Cette étude compare un groupe exposé (vacciné) et un groupe non exposé (non vacciné). On évalue la fréquence de l’évènement d’intérêt (ici l’autisme) dans les 2 groupes ; et on compare ces deux fréquences, c’est le Risque Relatif (ou Hazard Ratio en anglais). Ce type d’étude ne teste pas la causalité, et pour un épidémiologiste, c’est le plus bas niveau de crédibilité scientifique.

Ce n’est pas un essai clinique randomisé, il n’y a donc pas de tirage au sort et on ne peut pas garantir la comparabilité a priori des deux groupes, vaccinés et non-vaccinés. Au contraire, comme les non-vaccinés ont de bonnes raisons de ne pas l’être dans un pays où la vaccination est très fortement encouragée, on peut être certain que les deux groupes sont très différents.

Il n’y a pas de suivi personnalisé non plus, les cohortes rétrospectives se faisant sur des bases informatiques dans lesquelles on cherche des enregistrements. Surtout, il n’y a pas eu de validation des diagnostics, ce qui aurait nécessité de faire appel à des cliniciens. On est donc dans un contexte bureaucratique typique des études observationnelles de très faible crédibilité. Un autre fait est très important : si des enfants n’ont pas été vaccinés, pourquoi ? Leurs parents étaient-ils simplement de dangereux anti-vaccinalistes ? Les enfants étaient-ils dans un état de santé plus altéré que les vaccinés (healthy user bias) ce qui aurait contre-indiqué leur vaccination ?

Les objectifs de l’étude danoise, leurs conclusions

L’objectif d’après les auteurs est d’évaluer si le vaccin ROR augmente le risque d’autisme chez les enfants, certains sous-groupes, ou sur certaines fenêtres temporelles après la vaccination.

Selon ces auteurs, tout va bien. Ils ne trouvent pas d’augmentation du risque d’autisme chez les vaccinés !

Comme déjà discuté ci-dessus et encore plus bas, ces analyses sont biaisées, en particulier leur analyse sur les éventuelles fenêtres temporelles associées à la vaccination ! En plus dans les données complémentaires il y a un signal assez inquiétant mais non statistiquement significatif. On peut penser, vu l’objectif de l’étude, que les auteurs n’ont rien fait pour affiner ce signal négatif par des analyses supplémentaires.

Résultats

Conclusion danoise

Calendrier vaccinal Danois, Américain, Français

Il est indiqué dans l’article que la première dose du vaccin ROR est administrée au Danemark à l’âge de 15 mois, la seconde dose était administrée à l’âge de 12 ans, qui est tombé à 4 ans à partir de 2008.

Le « groupe vacciné » n’est donc absolument pas homogène, les enfants nés avant 2004 n’ont reçu qu’une dose alors que ceux nés après ont reçu 2 doses.

  • Les nourrissons Danois de l’étude ne reçoivent au plus qu’un seul autre vaccin : un penta-(5)-valent (diphtérie / tétanos / polio inactivé / coqueluche acellulaire / Hib).
  • À comparer au calendrier vaccinal américain dans lequel les enfants se prennent la 1ère dose du vaccin HB à la naissance, or la seule étude réalisée sur le sujet [2] a montré un risque d’autisme multiplié par 3 chez les garçons recevant leur dose de vaccin HB dans le premier mois de vie.
  • Le schéma vaccinal des nourrissons français, n’est pas plus comparable au danois (les bébés français recevant deux doses de ROR avant l’âge de 2 ans, la première étant à 12 mois).
  • On peut également évoquer tous les autres vaccins désormais obligatoires (Prevenar, méningo type C, hépatite B…) ainsi que l’absence de vaccinations multiples dans le calendrier vaccinal Danois (en tous cas dans la cohorte présentée) alors que chez nous on injecte ROR et méningo C en même temps (tout comme les hexavalents en même temps que le prévenar).

Les résultats de cette étude Danoise ne sont donc pas absolument pas extrapolables à d’autres populations; américaines ou françaises par exemple.

Analyse : méthodologie et données de l’étude danoise

C’est une étude faite à partir de registres (ce sont les données sources), mais ces registres sont-ils fiables ? (la crédibilité d’une étude dépend de la qualité de ses données sources) On trouve en 30 secondes de recherche un audit des dits registres [3].

Sur un échantillon de 19 cabinets médicaux pris au hasard représentant 1712 enfants âgés de 18 à 42 mois, sur les 246 enfants non vaccinés d’après les registres, plus de la moitié étaient en fait vaccinés (135 soit 55%) !

Les auteurs attribuent ces écarts à des erreurs administratives de saisie. À ce stade on se demande dans notre cohorte combien d’enfants « non vaccinés » l’ont en fait été, et vice versa ; car il n’y a pas de raison que les erreurs ne se produisent que dans un seul sens, on peut imaginer que des enfants vaccinés dans le registre soient en fait non vaccinés.

Cette étude est donc structurellement très faible tant la source des données est problématique.

De plus, la couverture vaccinale est très élevée dans les pays occidentaux ce qui rend le groupe de contrôle quasi inexistant en terme d’effectifs. Cet élément, en plus de la non-comparabilité des deux groupes discutée plus haut, renforce encore l’idée que cette étude a une très faible crédibilité.

Effectifs

Ainsi le groupe vacciné représente plus de 95% des effectifs, les non vaccinés un peu moins de 5%. Si on analyse rapidement les effectifs des enfants totalement non vaccinés (qui n’ont reçu ni le ROR ni le 5-valent DTcoqPolioHib)

Effectifs pour les autres vaccinations

Les enfants totalement non vaccinés représentent 0,7% de l’effectif total, les enfants ayant reçu au moins 1 vaccin totalisent donc 99,3% de l’effectif et en plus, preuve a été donnée plus haut que certains enfants décrits comme non vaccinés l’ont été quand même.

Un autre point important concerne l’analyse des sous-groupes. Les auteurs prétendent avoir étudié les autismes régressifs survenant rapidement après la vaccination, c’est-à-dire dans une fenêtre temporelle très proche ou suivant immédiatement la vaccination. Ce point est douteux car la méthodologie employée ne leur permet pas d’étudier cet aspect de précocité.

Emphase sur les autismes régressifs

Le point suivant est aussi caractéristique de la faiblesse méthodologique des auteurs :

Codes ICD-10

Dit autrement, les auteurs n’ont pas inclus l’autisme régressif qui correspond au code ICD F84.3 (tel que définit ci-dessous en anglais) dans leurs analyses.

F84.3: Other childhood disintegrative disorder: A type of pervasive developmental disorder that is defined by a period of entirely normal development before the onset of the disorder, followed by a definite loss of previously acquired skills in several areas of development over the course of a few months.

Contrairement aux affirmations des auteurs, la date du diagnostic d’autisme vient très tard, les enfants sont vaccinés à 15 mois, et le diagnostic d’autisme tombe entre 7 et 8 ans, soit 5 à 6 ans après:

Données sur les âges au moment du diagnostic

 

Cela remet en question évidemment remet en question tout le discours sur l’analyse de l’autisme « régressif », d’autant que les auteurs eux-mêmes reconnaissent n’avoir mené aucune interview ni aucune revue de dossier médical.

Pas de revue des dossiers médicaux

Malgré ce qu’ils racontent…

Analyse de fenêtres temporelles

Les jolies courbes présentées n’étant pas basées sur la date réelle de l’évènement (symptômes) mais la date du diagnostic (qui se fait à l’âge de 7 ans environs), elles sont difficilement compréhensibles.

comparaison vaccinés vs. non vaccinés

 

De plus une fraction de la cohorte était trop jeune pour recevoir un diagnostic (les enfants nés en 2010 sont sortis avant l’âge de 4 ans), cela se voit dans l’analyse stratifiée par année de naissance, évidemment plus les enfants sont jeunes en sortie de cohorte, moins il y a de diagnostic dans la tranche d’âge.

Effectifs des enfants diagnostiqués autistes par année de naissance

On découvre dans les données complémentaires que les enfants vaccinés au ROR ayant des frères et/ou sœurs autistes ont un risque multiplié par presque 3 d’être eux aussi autistes ! Mais comme le nombre de cas est très faible (5 contre 32) les intervalles sont très larges et c’est peu interprétable. Néanmoins les auteurs ne discutent même pas de ce résultat pourtant présenté dans les données complémentaires et n’ont rien fait pour étudier ce potentiel signal.

potentiel signal ?

Conclusion:

Il y a probablement bien d’autres critiques qui sortent du périmètre d’une lecture grand public, mais ce qui a été décrit ici et en particulier en début d’article (registres non fiables, codes ICD non pris en compte, déséquilibre énorme en terme d’effectifs entre les 2 groupes, prise en compte de la date du diagnostic et non des symptômes alors que l’étude était supposée analyser l’autisme « régressif »…) semble rédhibitoire et permet de mesurer l’incroyable faiblesse de cette étude.

Comment des éditeurs responsables ont-ils pu en accepter la publication ?

Ici s’exprime une évidence : on peut publier n’importe quoi sur les vaccins à condition que le message de l’étude soit favorable à la vaccination et ne rapporte pas d’effet adverse toxique.

Cette connivence entre l’industrie des vaccins, les sociétés savantes, les éditeurs des journaux médicaux (dépendants des sociétés savantes) et les autorités sanitaires s’illustre de façon caricaturale par la façon dont les employés des uns et des autres sont transférés vers les uns ou les autres. Ainsi, Julie Gerberding (l’ancienne administratrice des CDC d’Atlanta) est partie diriger la branche Vaccins chez Merck, tout comme Scott Gotlieb, l’ancien responsable de la FDA qui a atterri chez Pfizer, ou comme Anne d’Andon chez nous récemment, ancienne directrice à la HAS partie à la CEMKA…

il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark et ailleurs...


Note : un aimable lecteur nous a fait remarquer que la définition stricte de l’autisme se limite aux codes ICD-10 F84.0 et F84.1.

1 – notons que l’étude précédent menée par la même équipe (Hviid et Melbye) avait intégré la totalité des codes F84.x

2 – nous laissons à la disposition du lecteur la définition complète du code F84.3

F84.3 Other childhood disintegrative disorder

A type of pervasive developmental disorder that is defined by a period of entirely normal development before the onset of the disorder, followed by a definite loss of previously acquired skills in several areas of development over the course of a few months. Typically, this is accompanied by a general loss of interest in the environment, by stereotyped, repetitive motor mannerisms, and by autistic-like abnormalities in social interaction and communication. In some cases the disorder can be shown to be due to some associated encephalopathy but the diagnosis should be made on the behavioural features.

Chacun pourra aller lire une notice officielle de ROR ( par exemple https://www.fda.gov/media/75191/download ) et y lire les premières occurrences des effets indésirables listés pour le SOC « Nervous System »

Le lecteur pourra ainsi juger par lui même de la pertinence (ou non) d’avoir mis de côté ce code au regard de sa définition.

3 – nous avons sollicité un pédopsychiatre (non membre de l’association) afin d’obtenir son avis sur la pertinence des codes ICD-10 sur les troubles psychiatriques de l’enfance, voici sa réponse :

Pour ta question sur la CIM-10 ce n’est pas consensuel en fait. La cim est (à mon sens) une mauvaise classification des troubles psychiques, car elle mélange énormément de diagnostics sous le même numéro. Par exemple pour F84.3 cela peut aussi bien être une psychose infantile (schizophrénie de l’enfant) qu’un trouble autistique avec composante désintégrative, soit regression psychomotrice. Mais si tu regarde la classification tu peux tout à fait classer les deux pathologies en F84.0. Conclusion la CIM c’est de la merde et ça n’a aucun intêret diagnostic, c’est vraiment juste pour standardiser et coter les maladies (indicateurs statistiques).

Ainsi chacun pourra se faire son propre avis.


Sources:
[1] Hviid A, Hansen JV, Frisch M, Melbye M. Measles, Mumps, Rubella Vaccination and Autism: A Nationwide Cohort Study. Ann Intern Med. [Epub ahead of print 5 March 2019]170:513–520. doi: 10.7326/M18-2101
[2] Carolyn M. Gallagher & Melody S. Goodman (2010) Hepatitis B Vaccination of Male Neonates and Autism Diagnosis, NHIS 1997–2002, Journal of Toxicology and EnvironmentalHealth, Part A, 73:24, 1665-1677, DOI: 10.1080/15287394.2010.519317
[3] Danish MMR vaccination coverage is considerably higher than reported; Dan Med J. 2017 Feb;64(2). pii: A5345.

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