Vous allez voir, c’est amusant, ça ressemble à l’affaire du vaccin contre l’hépatite B… Il aura fallu des perquisitions pour mettre la main sur les documents confidentiels de pharmacovigilance afin d’avoir une idée de l’ampleur du désastre. Cela laisse évidemment songeur quant à la capacité de la « science » à détecter et remonter les alertes en se basant sur les seules données communiquées publiquement.

 

Le British Medical Journal nous a donc gratifié d’un formidable article [1] publié en septembre et d’un édito publié début octobre (à ce jour en libre accès https://www.bmj.com/content/363/bmj.k4152 ) [2] sur le sujet du vaccin anti H1N1.

On rappelle brièvement les faits :

– L’OMS crée de toutes pièces une fausse alerte mondiale de pandémie de grippe ravageuse

– Cette alerte est reprise avec une grande complaisance pour toutes les politiques de santé publique

On vaccine partout

– Des effets indésirables très graves surgissent, en particulier une « épidémie » de narcolepsie (maladie auto immune très grave affectant le système nerveux central) touchant particulièrement enfants et adolescents.

Pourtant le fameux vaccin anti grippal H1N1 utilisé en Europe – Pandemrix© de GSK – était sensé être un vaccin « très sûr » nous affirmaient tous les experts subventionnés.

Doshi P, Pandemrix vaccine: why was the public not told of early warning signs?, BMJ 2018;362:k3948

 

En réalité les vaccins anti H1N1 n’ont simplement pas été testés. La subtilité en Europe a été l’utilisation d’un accord cadre permettant l’octroi d’AMM à un nouveau vaccin en se basant sur l’AMM d’un vaccin déjà existant (basé lui sur la souche H5N1). De surcroît les fabricants ont été exonérés de toute responsabilité légale en cas de problème.

La couverture vaccinale anti grippale était déjà faible parmi les professionnels de santé, la controverse fut d’autant plus forte que cette épisode de grippe était d’une virulence très faible.

Le vaccin Pandemrix© suscita dès le début une certaine méfiance, principalement à cause de son adjuvant AS03. La polémique pris encore plus d’ampleur lorsque le Spiegel dévoila le fait que les politiciens allemands se feraient vacciner, mais pas avec le vaccin promu auprès du grand public (le fameux Pandemrix©) mais avec Celvapan©, un autre vaccin sans adjuvant !

Résultat : une épidémie de narcolepsie faisant plus de 1300 victimes en Europe. Et il a fallu attendre 8 ans pour avoir de nouvelles révélations sur le sujet, révélations mises à jour lors d’une procédure judiciaire lancée par une des victimes.

Lors de l’instruction de la plainte contre GSK et les autorités de santé irlandaises, les données de pharmacovigilance ont été récupérées. Elles montrent que parmi les 3 vaccins commercialisés par GSK (Pandemrix©, Arepanrix© et un autre vaccin sans nom commercial) le profil de tolérance de Pandemrix© était totalement effrayant comparé aux 2 autres. Ce qui était très inquiétant, c’est que Pandemrix© et Arepanrix© étaient sensés être en gros le même produit, mais les sites de production étaient différents, ce qui laisserait penser à un problème de fabrication.

C’est Tom Jefferson (vous savez, l’épidémiologiste qui écrit les revues Cochrane du vaccin anti grippal) qui a analysé les données, et le résultat n’est pas beau à voir.

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Le fabricant était informé, les autorités de santé Irlandaises aussi, et non seulement personne ne prend la moindre mesure d’alerte, mais la promotion du vaccin a continué alors qu’il était trivial de constater l’absence de gravité de la pandémie, en opposition totale avec les prévisions alarmistes des experts. En bref, on fait face à une véritable catastrophe iatrogène, et tout le monde s’en fout. Et évidemment on ne communique rien au public, tout va bien…

Tom Jefferson conclue : « La pharmacovigilance, à quoi ça sert si on a les infos et que personne ne fait rien ? ». Et il aura donc fallu 8 ans pour découvrir ces faits (qu’on soupçonnait un peu quand même…).

On rappelle quand même qu’en France, les communications des autorités en matière de pharmacovigilance sont réalisées en collaboration avec les fabricants [3]. Il ne faut pas trop perturber les affaires en risquant d’effrayer le public quand même

Bonnes pratiques de pharmacovigilance, Février 2018

Finalement, dans son édito, Fiona Godlee en appelle à un débat ouvert et transparent sur les profils de tolérance des vaccins.

Godlee F, A tale of two vaccines, BMJ 2018;363:k4152

 

Mais pourquoi évoque-t-elle ça ? Parce que certains ont eu des problèmes et qu’une dépêche Reuters [4] évoque ouvertement le terrorisme intellectuel qui s’applique dès qu’on se préoccupe de la sécurité des vaccins : remise en cause des compétences professionnelles, de la santé mentale, les collègues qui changent de trottoir quand ils vous croisent, impossibilité de publier etc. D’autres ont rapporté peu ou prou la même chose [5].

Dans la dépêche Reuters, on apprend qu’Outi Vaarala, professeur d’immunologie pédiatrique avec un intérêt spécial pour les maladies auto-immunes, rapporte que lorsqu’elle s’est un peu trop approché du sujet vaccinal, ça s’est terminé en harcèlement téléphonique.

« Quand vous parlez des vaccins, c’est comme si vous parliez politique ou religion ».

Et vous allez voir dans les articles qui viennent qu’on a pas fini de rire avec la science des vaccins

Peu après la rédaction de cet article, mais avant sa publication, je tombe sur une série de tweets que je me dois de mentionner ici. Ils ont été publiés le 20 octobre et signés par Jeanne Lenzer, journaliste au BMJ et auteur d’un livre sur la corruption au sein du système de santé américain.

Pour les non anglophones, je résume:

Des chercheurs spécialistes de la grippe ont trouvé une efficacité négative pour le vaccin (c’est à dire qu’on a un taux de patients grippés plus élevé dans le groupe vacciné que dans le groupe placebo – l’explication étant que des souches non présentes dans le vaccin remplacent les souches vaccinales – exactement le même phénomène qu’avec le Prevenarc et les pneumocoques).

Le simple fait d’en parler (interdiction de le mentionner par écrit) lui vaut d’être qualifiée d’ anti-vaccinaliste, c’est pour ça qu’elle tweete.

#1 L’émotionnel dirige les deux camps [NdT : pro et anti vaccinalistes] de telle sorte que toute discussion nuancée est impossible. J’ai récemment écrit sur les vaccins anti grippaux et les chercheurs – à l’exception de Doshi et Jefferson – ont dit « merci de ne pas mentionner ce que je viens de vous dire » https://t.co/fQJ56hHQFn

— Jeanne Lenzer (@JeanneLenzer1) October 20, 2018

 

#2 et un chercheur (éminent parmi le groupe de recherche sur la grippe) a trouvé une efficacité de -17% sur une année et -?% sur une autre; je lui ai demandé comment il a pu trouver une efficacité négative; il a répondu que lorsqu’une souche est mise hors jeu, cela crée une niche biologique pour les autres qui peuvent être plus virulentes https://t.co/qKf0VQiuRj

— Jeanne Lenzer (@JeanneLenzer1) October 20, 2018

 

#3 mais je n’ai pas pu mettre ça dans mon article comme d’autres informations c’est pour cela que je le tweete maintenant. Mais malgré le fait que je sois reconnaissante pour les vaccins polio et variole, je suis attaquée en tant qu’anti vax. Ce sont des conneries des deux côtés. https://t.co/o411NAF6wR

— Jeanne Lenzer (@JeanneLenzer1) October 20, 2018

 

À la semaine prochaine pour le dernier article de la série, celui sur le grand foutage de gueule des « études épidémiologiques rassurantes ».

 


 

[1] Doshi P, Pandemrix vaccine: why was the public not told of early warning signs?, BMJ 2018;362:k3948, 20 septembre 2018, doi: https://doi.org/10.1136/bmj.k3948

[2] Godlee F, A tale of two vaccines, BMJ 2018;363:k4152, 4 octobre 2018, doi: https://doi.org/10.1136/bmj.k4152

[3] Bonnes pratiques de pharmacovigilance, Février 2018, https://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Actualisation-des-Bonnes-pratiques-de-pharmacovigilance-Point-d-Information

[4] Kelland K, Special Report: How vaccine scares cast shadows over science, Reuters, 21 mars 2013, https://www.reuters.com/article/us-vaccines-narcolepsy-specialreport/special-report-how-vaccine-scares-cast-shadows-over-science-idUSBRE92K06620130321

[5] Gherardi R, Toxic Story, 2016, éditions Actes Sud


 

Crédits photo : Tuuli Liekari / Yle https://yle.fi/uutiset/osasto/news/eu_agency_no_link_between_pandemrix_and_narcolepsy/5638189

Le Vigilant

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