Voici venir le témoignage sans nuance du Dr Paul Bousquet, Médecin spécialisé en Prévention et Évaluation des risques sanitaires liés à l’Environnement. Paul a perdu hélas, à imaginer qu’il ne l’ait jamais connu, l’usage de la langue de bois. Les agences, les médicaments , les scandales sanitaires passés et à venir dont les vaccins obligatoires, il nous les raconte en détail. 

 

A mes chers confrères et consœurs affranchis des discours convenus,
A ceux qui nous accordent leur confiance,
Aux « experts » et conseillers qui ont su garder leur intégrité,
Aux décideurs qui s’opposent aux lois iniques

 

Si j’ai décidé d’adhérer à l’AIMSIB, c’est bien sûr parce que des personnes dont j’estime les qualités humaines et l’intégrité en font déjà partie. C’est aussi le résultat d’un long cheminement de pensée depuis les années 90, nourri par les divers scandales sanitaires, dont nous analyserons certains. La parodie de démocratie ayant abouti à l’obligation légale d’injecter 11 variétés de vaccins à des nourrissons avant leurs 2 ans n’est que le dernier en date.

Au début des années 80, j’ai eu la chance de connaître un ancien des services secrets de l’armée qu’amusaient nos discussions à propos de la politique. « Mon cher, si vous voulez comprendre quelque chose au monde dans lequel nous vivons, lisez : Le Viol des foules par la propagande politique

Bien sûr je l’ai lu, ainsi que bien d’autres en lien avec la manipulation mentale [1], en particulier dans le domaine de la santé qui est celui que je connais le mieux.

Mais avant de continuer et en guise d’avertissement, le sentier de la liberté de pensée est escarpé ; il est difficile mais ô combien exaltant de sortir du confort de la crédulité.

Plus on s’informe sur la corruption généralisée qui a peu à peu contaminé le monde de la santé, du médicament et des vaccinations, plus le gouffre se creuse entre nous et nos confrères qui n’ont subi que le discours officiel. Plus la passerelle à emprunter pour aller voir de l’autre côté s’allonge, et plus augmente le risque de choc cognitif. Le risque est de tout rejeter en bloc plutôt que de remettre en question ses dogmes et pratiques, ou de considérer l’autre comme un arrogant donneur de leçons, ou encore de reprendre inconsciemment l’une des techniques largement utilisées par les manipulateurs qui veulent déconsidérer les discours gênants, en traitant l’auteur de ringard (confer les opposants au traité constitutionnel européen), de fou-furieux, d’anarchiste, voire de complotiste ou de conspirationniste.

Dans les pages qui suivent j’espère montrer un peu, du moins en matière de santé, qui a le véritable pouvoir. Un premier titre pour s’en faire une idée : « Le Racket des laboratoires pharmaceutiques et comment en sortir », de Serge Rader (pharmacien et éminent membre de l’AIMSIB), Michèle Rivasi (députée européenne intègre) et Marie-Odile Bertella-Geffroy (avocate en santé publique, ancienne juge d’instruction).

Un deuxième avertissement : c’est qu’il n’est pas possible de dénoncer, de débusquer les mensonges en utilisant la langue de bois de la pensée unique. « On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré » (A. Einstein)

Aussi, le terme édulcoré de « conflit d’intérêt » sera-t-il souvent remplacé par « corruption », bien que la définition juridique des deux termes soit différente.

Ainsi le racket est-il un délit pratiqué par des délinquants, et quand ces délinquants s’organisent en bande, il s’agit de pratiques mafieuses. Dès 1994, Guylaine Lanctôt lançait l’alerte dans « La Mafia médicale», trop en avance sur son temps et sur mon propre cheminement pour que je tienne compte alors de ses mises en garde. Sa relecture récente m’a montré combien elle avait déjà raison.

Le lecteur peut être choqué ; qu’il se fasse sa propre opinion, qu’il s’informe en dehors des sentiers battus, qu’il lise les lettres de l’AIMSIB, qu’il lise les ouvrages référencés dans ce texte, qu’il aille faire un tour sur les sites à financement indépendant.

C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour renouer avec notre principale raison d’être médecin – Accompagner ceux qui sollicitent notre avis avec bienveillance : lâcher notre arrogance et laisser s’exprimer notre humanité.

Compétence : sortir des dogmes et du scientisme en renouant avec les Sciences. Garder pour objectifs l’autonomie et la santé physique, psychique et sociale de la personne, en préservant notre indépendance, ce qui est incompatible avec la santé financière des lobbies pharmaceutiques.

Peut-on faire confiance à la science médicale diffusée par les agences sanitaires ?

« Le monde scientifique auquel j’appartiens est largement aussi corrompu que le monde politique ». (H. Tazieff)

L’AIMSIB revendique à juste titre une médecine Scientifique.

J’ai souvent été surpris par l’ironie des staffs de médecins s’esclaffant devant un patient disant qu’il  avait pris un remède homéopathique ou avait consulté un acupuncteur. Quand on répertorie l’étendue des dogmes ou des croyances en médecine, on devient moins arrogant. Mais ce que je veux souligner ici, c’est la façon dont les sciences ont été dévoyées, ainsi que le rôle majeur des agences sanitaires dans ce détournement.

En mai 2012, le parlement européen a voté le blocage du budget de trois agences, dont l’agence européenne du médicament [2], en raison de la mauvaise gestion des nombreux conflits d’intérêts de ses membres. Cela veut dire que ces membres travaillent en même temps pour ces agences et pour des industriels du médicament, ou que par le phénomène connu des « portes tournantes », ils passent d’un emploi industriel à un emploi dans une agence et qu’ils accordent des avantages aux industriels quand ils sont en position de décision. On ne s’étonnera pas alors que ces agences prennent plus souvent des décisions dans l’intérêt particulier des industriels que dans l’intérêt général des populations, ce que ferait une véritable politique de santé publique.

Qu’il s’agisse du sang contaminé, de l’hormone de croissance, de l’amiante, du Médiator, du Vioxx, des statines (scandale en cours), des prothèses PIP, du vaccin hépatite B, le scénario est toujours le même.

  1. « Les médias font éclater un scandale sanitaire
  2. La pression médiatique pousse les politiques à s’emparer de l’affaire ; ils demandent une enquête et mettent en place un système d’indemnisation des victimes.
  3. Le rapport d’enquête révèle que le problème était connu depuis des années, que l’administration avait toutes les informations nécessaires pour éviter ou atténuer les dommages et qu’elle n’a rien fait.
  4. On « tire les leçons » de la crise en mettant en place une réforme consistant à reconduire le système en place en lui donnant un nouveau nom
  5. Au terme d’une course de lenteur entre la justice, l’administration et les autres parties en cause (laboratoires, entreprises privées…), un procès se tient … et s’achève sur une décision de non-lieu général… 
  6. Pour que cela fonctionne, il faut que s’associent : « mensonge d’état + déresponsabilisation de l’administration + des conflits d’intérêts + la confusion entre intérêts privés et service public + l’absence de culture de santé publique des administrations sanitaires ».

(Michel de Pracontal, La défaite organisée de la santé publique, sur Médiapart, 4 février 2012).

Malgré les scandales à répétition, nous avons du mal à y croire : « çà ne peut pas arriver chez nous, la corruption n’existe qu’en Afrique, en Grèce ou en Italie », alors que la France n’a rien à envier à ces pays en matière de magouilles et de pratiques mafieuses.

La science est en grande partie aux mains de l’industrie et les pressions que cette dernière exerce sur les revues scientifiques aboutissent à des fraudes dans les études et donc à des épidémies de faux dans les revues. Un article de Ferric C Fang [3] et al. paru dans les Proceedings de l’Académie américaine des sciences (PNAS) souligne qu’il y a de plus en plus de fraudes et de plagiats au coeur du système scientifique. Il y a de plus en plus de retraits d’articles et 43% sont retirés pour fraude. Et ce n’est pas le fait de pays émergents, mais par ordre d’importance de la fraude : les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, la Chine suivie du Royaume-Uni. Mais bien sûr, la plupart des articles frauduleux ne sont pas rétractés et sont largement utilisés par les industriels.

Quand un scandale sanitaire menace d’éclater, l’industrie concernée réunit illico un conseil de crise et finance des recherches frauduleuses pour générer le doute, pour retarder le retrait de son produit ou de son médicament. Même si des millions de personnes doivent en mourir, comme avec les scandales du tabac ou de l’amiante, ou avec des centaines ou des milliers de victimes comme pour le Médiator, les coxibs, le bisphénol A ou le monochlorure de vinyle. L’industrie s’acharne à brouiller les données, à gagner du temps, à optimiser les profits jusqu’au bout. Par exemple en payant des chercheurs ou des agences de propagande pour diffamer avec une violence inouïe les recherches gênantes, en attaquant les gêneurs en justice, en s’en prenant directement aux personnes plutôt qu’à leurs travaux, comme le Pr Séralini, André Cicolella ou d’autres lanceurs d’alerte en ont fait la douloureuse expérience. Imagine-t-on ce que c’est pour un chercheur compétent qui, à cause justement de son intégrité, se voit viré sans préavis, ou à qui « on » inflige un contrôle fiscal, ou qui voit tous ses travaux et la gestion de son service passés plusieurs fois au peigne fin ? « Comment se fait-il que des organismes tels que le CNRS [4] ou l’INSERM [5] soient à la botte d’industriels qui souhaitent porter tort aux chercheurs dont les découvertes gênent leurs intérêts financiers ? La réponse est dans le financement de ces organismes ». (Le Monde du 21 mars 2013 : Stéphane Foucart, Science, l’intoxication industrielle)

Une véritable politique de santé publique s’intéresserait aux causes de maladie, d’invalidité, de souffrances et de mort prématurée et agirait en conséquence.

Nous assistons à une augmentation dramatique de l’autisme, des troubles neuro-comportementaux des enfants, de la maladie d’Alzheimer et de Parkinson, des cancers hormono-dépendants. Ces maladies n’augmentent pas, ainsi que mensongèrement allégué, en raison d’anomalies génétiques, de l’âge ou d’un meilleur diagnostic. Certes, le meilleur diagnostic valorise la compétence médicale et on ne peut rien contre la fatalité liée à l’âge, quoique ! Quant à la génétique, c’est brevetable et çà peut rapporter gros, alors que la prévention…Malgré les études qui s’accumulent, démontrant s’il en était besoin que la machinerie génétique n’est en rien le pilote et qu’elle est en réalité pilotée par des facteurs épigénétique sous l’influence de l’environnement, beaucoup continuent à penser avec 30 ans de retard et s’accrochent à l’illusion du déterminisme génétique.

En tant que médecins, nous avons à prendre conscience de la contamination diffuse de l’environnement par les métaux lourds, entre autres ceux contenus dans les vaccins et les amalgames dentaires, les pesticides, les retardateurs de flamme ou les plastifiants. Quand on sait ce qu’est un perturbateur endocrinien, on comprend ses impacts sur l’augmentation des cancers du sein ou de la prostate, sur l’augmentation des troubles du développement génital ou neurologique des enfants, du syndrome de dysgénésie testiculaire, sur les pubertés précoces.

Je conseille la lecture des ouvrages de Roger Lenglet et Marie Grosmann : « Menace sur nos neurones : Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent » ; de Fabrice Nicolino et François Veillerette : « Pesticides : Révélations sur un scandale français » ; ou de Marie Monique Robin : « Notre poison quotidien« . A titre d’exemple, après ces lectures, on ne peut plus recommander à nos patients diabétiques ou obèses de prendre ce poison qu’est l’aspartame. Les études ayant permis sa mise sur le marché étaient frauduleuses et la FDA [6] a porté plainte contre le fabricant pour la première fois de son existence. En vain. Le politique, passé de la direction de la firme Searle inventrice de l’aspartame au gouvernement fédéral sous la présidence de R. Reagan, a décidé de la mise sur le marché à l’encontre de l’avis des experts de la FDA, mais avec la complicité des directeurs corrompus de la même agence.

Le rôle des médecins leaders d’opinion

La pandémie de grippe porcine de 2009 a été inventée de toutes pièces par l’OMS [7], dont les financements qui étaient publics à 80% dans les années 70 sont actuellement privés dans la même proportion. « Qui imaginerait le conseil de sécurité de l’ONU financé par l’industrie de l’armement ? » (Le Point du 4 avril 2017.)

La ministre de la santé Roselyne Bachelot, justifiant l’achat de 93 millions de doses de vaccin, disait s’être entourée de l’avis des « meilleurs experts ». Tous travaillaient pour des industriels, et la ministre elle-même avait omis de déclarer dans son CV le fait d’avoir travaillé pendant près de 14 ans pour des industriels du médicament. Ce n’est pas un hasard si les ministres suivantes sont aussi en « conflit d’intérêt » pour leur passé professionnel au service d’industriels du médicament. Leurs « experts » sont toujours là ; malgré leur incompétence, on les écoute, on applique ce qu’ils recommandent.

Mais quand on sait les sommes considérables que ces leaders d’opinion peuvent toucher de l’industrie, en sus de leurs salaires ou honoraires, comment pourraient-ils se comporter de façon neutre et tenir plus compte de l’intérêt des populations que des intérêts financiers des firmes qu’ils représentent ? Qui pourrait rester intègre quand ses revenus peuvent passer de 40k€ annuels à 400k€ ? Evidemment, ces médecins nient avec force subir la moindre influence.

Les firmes le savent très bien : même les petits cadeaux : stylos, calepins, agendas, restaurant, sont efficaces pour influencer les prescriptions, pour pousser le médecin à des choix contraires à l’intérêt des patients, comme l’analyse régulièrement la revue Prescrire.

Normalement, un médecin doit rendre publique toute convention avec une entreprise commercialisant des produits de santé (loi Bertrand). Mais cela aurait trop compliqué sa vie et celle des firmes, et la corruption aurait été plus difficile à mettre en œuvre.

Or, les firmes pharmaceutiques ont besoin des médecins pour appliquer leurs stratégies commerciales. Elles n’ont aussi aucun mal à trouver quelques députés corrompus pour amender les lois qui contrarient leurs intérêts commerciaux. Aussi l’état a-t-il décidé, entre autres, d’établir des seuils d’exemption et de disperser les données pour les rendre inatteignables en pratique.

A propos du rôle des leaders d’opinion, on lira avec profit l’ouvrage de Philippe Even, de l’AIMSIB : Corruptions et crédulité en médecine : Stop aux statines et autres dangers

 

Nos médicaments sont-ils sûrs ?

« L’industrie pharmaceutique a infiltré et corrompu tous les systèmes de santé publique dans le monde, à tous les niveaux » (Pr Fernand Turcotte).

Il n’y a pas beaucoup de maladies qui tuent aussi sûrement que la médecine, en raison en particulier de la surconsommation généralisée de médicaments. En France, la iatrogénie [8] entraîne 140.000 hospitalisations et 18.000 décès par an, probablement très sous-estimés.

La plupart des interventions non médicamenteuses sont plus efficaces pour nous maintenir en bonne santé que les prises de médicaments : activité physique ou sportive ; alimentation variée, frugale et de qualité ; maintenir un réseau social, relationnel et affectif ; gérer son stress au quotidien ; ressentir de la gratitude pour ce qu’on a déjà sans chercher le toujours plus…Ce n’est pas un hasard si ces « piliers de santé » sont ceux sur lesquels repose la vie des habitants d’Okinawa, qui battent le record mondial de super-centenaires [9] en bonne santé.

Tout n’est pas à jeter dans les médicaments, loin s’en faut. Jusque dans les années 80, la recherche pharmaceutique en a généré de remarquables. Des médecins, pharmaciens, ingénieurs travaillaient avec passion pour mettre au point des anti-infectieux, anticancéreux, anti-diabétiques, hormones de substitution, sans parler des techniques chirurgicales dont les progrès ont été époustouflants en l’espace d’un siècle et ont sauvé de nombreuses vies.

Puis un grand changement a eu lieu dans la gestion de la recherche ; les financiers ont pris le contrôle des industries du médicament. L’objectif n’était plus alors de répondre aux besoins de santé publique : mettre au point des médicaments utiles aux populations, permettant d’atténuer les souffrances ou de soigner les maladies les plus courantes ou les plus rares. Il devenait : orienter la recherche sur ce qui rapporterait le plus aux actionnaires, et dans le moins de temps possible. Les centres de recherche ferment alors les uns après les autres, le marketing devient de plus en plus agressif et ses budgets doublent pendant que les budgets recherche fondent comme neige au soleil. Les médicaments anciens sont promus hors indications et se faufilent dans des créneaux plus rentables. Les industriels sortent des « me too » : moi aussi je veux ma part du marché, même si mon médicament n’apporte rien de nouveau, coûte 3 fois plus cher, et qu’il est moins bien évalué que ceux existants. Corruption des laboratoires génériques pour qu’ils ne reproduisent pas trop vite la molécule et continuer à gaver ses actionnaires, sortie d’isomères de la molécule mère vendus beaucoup plus chers, dès que le médicament princeps tombe dans le domaine public ; l’inventivité des commerciaux des industries du médicament est sans limite.

L’affaire de corruption de Jérôme Cahuzac par les laboratoires Pfizer et Innothéra n’est pas un cas isolé. La corruption est généralisée aux plus hauts niveaux de l’état : il est inquiétant que des médicaments soient mis sur le marché sans avoir été suffisamment évalués. Après deux ans d’enquête, Mediapart a rendu compte de la corruption de membres des commissions du médicament.

http://www.mediapart.fr/journal/france/240315/les-gendarmes-du-medicament-faisaient-affaire-avec-les-laboratoires

Dans « Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux« , les Prs Even et Debré soulignent que la corruption dans le monde du médicament est pire que dans le commerce des armes. Malgré les critiques, provenant souvent des agents de l’industrie, ce livre permet de faire le tri dans sa pharmacopée. De quoi devenir plus vigilant. Nos prescriptions et consommations exorbitantes de médicaments par rapport à nos voisins européens sont en effet dues à un système de remboursement performant dans lequel les industriels puisent à pleines mains. Comme largement souligné dans l’ouvrage précité de S. Rader, M. Rivasi et M.O. Bertella Geffroy, assainir cette gabegie annulerait totalement le déficit de la S.S. [10]

Nous avons du mal à accepter qu’un patient non compliant [11] ne prenne pas son traitement. Et pourtant, il a souvent de bonnes raisons de les arrêter. Une fois le lien établi, des patients m’ont souvent confié ne pas prendre la statine recommandée par le cardiologue, en raison de fatigue et de douleurs musculaires. Ou après avoir lu leurs effets à long terme, ont arrêté les IPP [12] au long cours associés à de l’aspirine à faible dose car ils augmentent de 30 à 40% le risque d’AVC ou d’infarctus myocardique, sans parler de leurs effets propres sur le risque de démence, de cancer de l’estomac ou d’insuffisance rénale. Quant aux industriels, ils ont tout intérêt à ce que les patients soient « observants » et font pression pour s’occuper directement des patients récalcitrants. Il est à souhaiter que cette mission ne leur soit jamais confiée.

L’affaire du Médiator®, fortement médiatisée, n’est de mon point de vue qu’un arbuste qui cache la forêt des médicaments inutiles ou dangereux déjà retirés ou encore sur le marché. Les revues médicales indépendantes dénonçaient déjà le Médiator® depuis des années que certains en vantaient encore les mérites pour la perte de poids, malgré le retrait et le scandale de l’Isoméride®. Au mois de juillet 2013, quatre médecins ripoux de plus ont été mis en examen dans ce dossier, certains risquant jusqu’à 75.000 € d’amende et 5 ans de prison. Mais il y a de grandes chances que, comme dans quasi tous les scandales sanitaires en France, un non-lieu ait été prononcé.

Parmi les médicaments qui ont été retirés du marché en raison de leurs effets indésirables sévères, je citerai Staltor® et Cholstat® destinés à faire baisser le cholestérol, promus à grands renforts de propagande mensongère ; les coxibs : Vioxx®,  anti-inflammatoire qui a probablement tué des centaines de milliers de personnes dans le monde par affections cardio-vasculaires camouflées dans les études ; les glitazones, des anti-diabétiques toxiques pour le cœur. Ils ont été prescrits à tour de bras, avec la bénédiction des « autorités » sanitaires complices qui ont avalé les arguments commerciaux des labos, au mépris de la santé des populations. Vioxx, promu par les leaders d’opinion, a même été élu médicament de l’année 2002 en pleine dénonciation de ses effets mortels, connus avant mise sur le marché non seulement du fabricant, mais aussi de la FDA. Mais que valent la vie et la santé des patients en face des plus de 6 milliards de dollars que Celebrex® et Vioxx® ont rapporté rien qu’en 2003 ? Cela ne valait-il pas le coup de falsifier quelques résultats d’études ?

« Il n’est tout simplement plus possible de croire la plupart des recherches cliniques publiées ». (Marcia Angell, rédactrice en chef pendant plus de 20 ans du New England Journal of Medicine, licenciée après ses critiques de l’industrie pharmaceutique).

Ce n’est pas demain que la lecture de l’ouvrage de Peter Götzsche : « Remèdes Mortels et Crime Organise » sera conseillée en Fac de médecine. Et pourtant, les futurs médecins y apprendraient à quel point notre système de santé est infiltré et corrompu par les intérêts financiers des firmes.

Un autre exemple de blockbuster[13] à plus de 6 milliards de dollars en 2010 : le valsartan, médicament anti hypertenseur. Chiffre d’affaire colossal grâce à une étude japonaise de Matsubara parue en 2009 dans l’European Heart Journal qui montrait, en plus de l’action anti HTA [14], une réduction de l’angor  [15] et du risque d’AVC [16]. Sauf qu’en 2013, l’auteur a démissionné après que deux de ses études aient été retirées de revues, et qu’en épluchant les résultats de son étude de 2009 on ait trouvé des fraudes qui annulent totalement les bénéfices allégués. Comme par hasard, c’est un employé de Novartis non déclaré dans l’étude qui avait manipulé les données.

La firme GSK [17] a payé 3 milliards de $ pour arrêter des poursuites de la FDA, alors qu’on sait que les amendes ne sont aucunement dissuasives. Pour dissimulation des effets indésirables graves de la rosiglitazone, promotion trompeuse de la paroxétine, promotion hors indications de la bupropione. Mais jamais les dirigeants ne sont condamnés à des peines de prison ferme, moyen plus dissuasif que des amendes passées en pertes et profits. Les industriels prétendent à chaque scandale qu’il s’agit de brebis galeuses qui se seraient affranchies des consignes de la direction, alors que ce sont justement les directions qui génèrent les fraudes, les camouflent, et que ces pratiques, loin d’être exceptionnelles, augmentent d’année en année. Faut-il faire confiance à ces fabricants quand ils nous disent que leurs médicaments et leurs vaccins sont sûrs ?

Et le laboratoire Roche, à qui il est reproché d’avoir caché plus de 80.000 cas (oui, vous avez bien lu : quatre vingt mille cas !) d’effets indésirables graves, dont 15.000 survenus chez des patients décédés, faut-il le boycotter ? « Comment évaluer sur ces bases faussées le rapport bénéfices/risques d’un médicament alors que nous avons déjà tant de mal à les déclarer [18]  (Revue Prescrire, Nov. 2012, p 853).

Tant que nous recevrons les visiteurs médicaux, qui sont pour beaucoup d’entre nous la seule source d’information sur le médicament, nous aurons une vision distordue de leur efficacité. Nous ne sommes pas formés, à moins d’une démarche personnelle, à exercer notre regard critique, non seulement sur les informations données sur les médicaments, mais aussi sur les stratégies de manipulation utilisées à notre égard.

Il est illégal de nous camoufler les effets indésirables, d’omettre de parler du SMR [19] et de l’ASMR [20] ou de vanter comme remarquable auprès de confrères naïfs une ASMR à 5. Ainsi l’Inexium®, dont l’ASMR est de 5, est-il prescrit à la place de l’oméprazole, mieux connu et bien moins cher. Ce dernier venait de tomber dans le domaine public et allait rapporter beaucoup moins. Mais le report de prescription sur ce médicament inutile a fait perdre à lui seul des centaines de millions d’euros à l’assurance maladie.

Sophie Bonnet, journaliste de France 2, a enquêté sur les « Laboratoires pharmaceutiques, un lobby en pleine santé », série « Les Infiltrés ». « Ce qui m’a sidérée, c’est que des médicaments dont on sait qu’ils n’apportent aucune innovation, que leurs effets secondaires sont très mal connus, et que leur prix est exorbitant, eh bien le laboratoire va tout de même réussir à les faire prescrire en très grande quantité ». Grâce à qui ?

« Quel que soit le sujet sur lequel on choisit d’enquêter, ce que l’on découvre est affolant. Des sommes d’argent colossales sont en jeu. Personne n’a intérêt à ce que les patients soient mis au courant de la réalité des choses ».

Il est d’autant plus urgent que nous devenions conscients d’être les collabos de cette vaste escroquerie aux dépens de la santé des patients et des budgets santé.

Cette gabegie médicamenteuse améliore-t-elle notre santé ou notre espérance de vie ? « En Italie, on constate que le coût des médicaments en ville et à l’hôpital s’élève pour 2012 à 17,8 Md€ contre 35,5 Md€ pour la France, soit 85% de plus à populations égales pour les mêmes résultats sanitaires et même une meilleure espérance de vie à la naissance en Italie ».

Les médecins français prescrivent « 8 fois plus de tranquillisants que (D) et 6 fois plus que (GB) ; 3 fois plus d’IPP11 que (GB) et 50% de plus que la moyenne CEE ; 46% de plus de statines[21] et 50% de plus d’antidiabétiques que la moyenne CEE ; 8 fois plus d’IEC- Sartans[22] que (GB) et 36% de plus que la moyenne CEE ». (Serge Rader, Philippe Even, Dossier de presse à la représentation du parlement européen en France le 24 juin 2013, Coût des médicaments en France : la gabegie se poursuit).

Il est très mal vu d’altérer la confiance du public envers les médicaments ou la médecine. Et pourtant, comme le souligne Peter Götzsche, il y a souvent moins de risque à arrêter un médicament pris pour une maladie chronique qu’à le commencer. Peter s’en prend aussi à la main mise de l’industrie sur les personnes en bonne santé, marché bien plus considérable que celui lié aux maladies reconnues. Les industriels ont ainsi poussé les autorités à recommander de traiter la pré-hypertension artérielle, le pré-diabète, et pourquoi pas le pré-cancer ou la jeunesse puisque c’est déjà du pré-vieillissement…

Finissons ce petit tour d’horizon avec un sujet tabou, à propos duquel la population est particulièrement infantilisée et où altérer la confiance du public est très mal vu, la vaccination…

  • Fin de la première partie… –

 

 

 

[1] Quelques références en dernière page
[2] EMA = European Medical Agency
[3] PNAS 2012, vol 109 , N° 42, 17028 – 17033
[4] Centre National de la Recherche Scientifique
[5] Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
[6] Food and Drugs Administration : administration nord-américaine délivrant les autorisations pour les médicaments et aliments
[7] Organisation Mondiale de la Santé, dont les financements sont devenus en majorité privés
[8] Conséquences néfastes sur la santé liées à l’activité médicale
[9]  Supercentenaire = plus de 110 ans
[10] Sécurité Sociale, caisse principale d’assurance maladie
[11] Obéissant, qui se plie à ce qui lui est demandé
[12] IPP : Inhibiteurs de la Pompe à Protons, médicaments anti-acidité de l’estomac
[13] Film à l’origine, mais aussi médicament rapportant plus d’un milliard de $ par an.
[14] HTA : Hypertension artérielle.
[15] Angor : Angine de poitrine, douleur cardiaque liée à un manque d’oxygénation.
[16]  AVC : Accident Vasculaire Cérébral.
[17] Fabricant des vaccins Infanrix hexa, Priorix, Engerix B et Cervarix, entre autres.
[18] Certaines études évaluent à environ 10% le taux de déclaration des effets indésirables des médicaments.
[19] SMR = service médical rendu, d’important = 1 (maladie grave, peu de solution) à insuffisant = 4.
[20] 9ASMR = Amélioration du Service Médical Rendu, de 1=progrès majeur, à 5 = absence de progrès.
[21] Médicaments destinés à faire baisser le cholestérol
[22] Médicaments anti-hypertenseurs.

La rédaction de l'AIMSIB

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