Séverine Sénéchal, c’est notre vice-Présidente préférée pas seulement parce qu’elle est la seule à ce poste mais surtout parce que sa gentillesse, son calme et sa bonne humeur constante facilite toujours tout. Formée à l’approche bio-psycho-sensorielle du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids elle exerce son métier de diététicienne-nutritionniste libérale depuis de longues années avec une infinie compétence. Incollable sur les secrets de la diète méditerranéenne, voici un ensemble de réflexions féminines qui semble ne s’adresser qu’aux femmes… Sauf  que les hommes ont tout intérêt à profiter de la leçon de choses.

Saviez-vous qu’il existe 2 grands types de relations entre une personne soignante et une personne soignée ?

La plus connue est une relation de type hiérarchique, également appelé « relation verticale »

C’est en fait notre système éducatif qui fonctionne sur ce modèle :« La professeure qui sait tout (ou presque) de son domaine face à l’élève qui se sait pas (encore) et est censée croire et intégrer tout ce que son enseignante affirme, sans forcément de preuve à l’appui, mais bien souvent juste ce qu’elle a elle-même apprise d’une autre enseignante des années auparavant… »

Cette approche tout de même de plus en plus est remise en question, notamment par certaines méthodes éducatives, comme dans le film « L’enfant est le maître » qui donne un aperçu de la méthode Montessori, qui cherchent à rendre l’élève plus actrice de son apprentissage (j’ai l’impression qu’on encourage un peu plus souvent les élèves à faire leurs propres recherches afin d’en faire un exposé au cours duquel elles partageront à leurs camardes leurs découvertes personnelles).

C’est toutefois encore l’attitude autoritaire de certaines médecins envers leurs patientes : « moi je sais, et vous vous ne savez pas, donc faites ce que je vous dis sans protestation, ni m’embêter avec toutes vos questions ».

Ex : Vous avez des douleurs musculaires depuis que vous prenez un traitement hypocholestérolémiant et vous pensez qu’elles peuvent être dues à ce traitement, et lorsque vous faites part de cette hypothèse à votre médecin?, vous vous entendez répondre : « Non, vos douleurs musculaires n’ont rien à voir avec votre médicament, elles sont liées à votre âge, et c’est une coïncidence si elles sont apparues peu après le début de ce traitement. Ça ne peut pas être lié à ce médicament puisque les laboratoires pharmaceutiques qui le fabriquent affirment que cet effet indésirable est exceptionnel. »

Heureusement, depuis quelques années une autre vision de la relation soignante/soignée est de plus en plus valorisée, celle d’une relation de collaboration, également appelé « relation horizontale », où sont mises en commun les compétences de chaque partie.

La soignante possède bien entendu des connaissances théoriques et une expérience professionnelle qu’elle met à la disposition de sa patiente et est en même temps très à l’écoute des expériences, ressentis et appréhensions de celle-ci.

Je sais ce que cette approche est encouragée notamment dans le choix d’une méthode de contraception, la personne directement concernée étant la mieux placée pour évaluer les avantages et les contraintes des différentes méthodes, pour peu qu’elle bénéficie d’une information éclairée par sa soignante, qui veille principalement aux contre-indications médicales de certains choix.

De même, on entend de plus en plus souvent parler d’ « Éducation Thérapeutique du Patient » dont l’objectif est de faire de la patiente une actrice à part entière de sa propre santé.

En effet, c’est tout de même elle qui fait ses propres choix au quotidien, ce qu’elle va manger… ou non… ce qu’elle va faire comme activité physique… ou non.

Donc plutôt que d’imposer des objectifs standards à toutes les personnes ayant le même problème de santé qu’elle, sans tenir compte de ses difficultés, de ses freins, et donc l’amener à ressentir de la culpabilité de ne pas y réussir, voire même de l’inciter à mentir en disant à la praticienne de santé ce qu’elle a envie d’entendre, je trouve tellement plus judicieux d’explorer avec elle ses ambivalences, ses craintes, afin de l’aider à mieux se connaître, afin de trouver comment contourner ces difficultés et lui permettre à terme de devenir de plus en plus autonome.

Nous sommes toutes humaines, l’ambivalence fait partie de notre quotidien, donc autant apprendre à faire avec, plutôt que de lutter contre, une lutte sans fin, donc vouée à l’échec…

Lorsque je reçois en consultation une personne à qui je demande ce qu’elle veut commencer par changer dans ses habitudes alimentaires et qu’elle me répond tout, je me doute bien qu’elle souffre beaucoup, ce qui lui donne envie d’entreprendre un changement radical, avec l’espoir que son ressenti de souffrance change lui aussi radialement.

En même temps, j’ai quelques inquiétudes sur l’efficacité à long terme de cette idée de « commencer par tout changer ».

Évidemment qu’il est possible de tout changer, c’est assez souvent ce qui se produit lorsqu’une personne se met à faire un régime. Mais il existe tellement de manières différentes de tout changer !

Personnellement, j’ai avant tout envie de l’accompagner vers un changement qui corresponde aux mieux à ses besoins (ses goûts, ses contraintes…) afin qu’il conduise à un résultat durable, et ce changement sera nécessairement progressif, puisqu’il nécessite d’apprendre à mieux connaître nos besoins personnels… ce qui ne se fait évidemment pas en un jour !

La rédaction de l'AIMSIB

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