Bernard Guennebaud n’est pas né de la dernière pluie, il est Docteur en Mathématiques depuis 1973. Sa marotte principale consiste à démontrer l’utilisation pseudo-médicale et parfaitement abusive du prétexte mathématique pour apporter une démonstration commode à une théorie sans fondement. Un exemple?  

Pourra-t-on éliminer la rougeole ?

Eliminée ne veut pas dire éradiquée, ce dernier terme signifiant que le virus ne circule plus, ce qui permet de supprimer les moyens de lutte comme ce fut fait pour la variole. L’élimination signifie que le virus continue de circuler mais qu’il ne provoque plus d’épidémies,  le nombre de cas étant très faible et les conditions semblant réunies pour que cela soit maintenu sous réserve que les mesures de lutte le soient aussi.

Si pour la polio l’objectif était l’éradication, objectif qui ne pourra être atteint dans un avenir prévisible, l’objectif pour la rougeole est seulement l’élimination. Mais pourra t-on éliminer la rougeole de façon durable en France sans une éradication mondiale du virus ? Rien  n’est moins sûr !

Les  Etats Unis et la Chine montrent en effet que malgré des taux de vaccination très élevés, dépassant largement les 95% et ce depuis très longtemps pour les USA, des épidémies peuvent se produire. Si les Américains ont accusé les pays européens, dont la France, de leur apporter la rougeole, ils devraient plutôt en tirer la conclusion que ces taux de vaccinations très élevés laissent des lacunes immunitaires suffisantes pour qu’une importation du virus puisse se convertir en épidémie.

Ce devrait être cela la véritable leçon de ces épidémies…

Il suffit pourtant de consulter les résultats des études conduites depuis plus de 47 ans sur les propriétés du virus de la rougeole et du vaccin pour comprendre  que ces lacunes immunitaires sont et seront inévitables quelle que soit la couverture vaccinale.

Si les experts et les autorités semblent obnubilés par la couverture vaccinale à 2 ans, le virus s’intéresse  à l’immunité de la population de 0 à 100 ans ! Chacun a ses objectifs mais ceux du virus sont beaucoup plus réalistes et … incontournables  !

Voici quelques résultats d’études collectés dans une magnifique thèse sur le sujet (Grenoble 2002) [1]

« Une épidémie de rougeole s’est déclarée aux États Unis dans une population où 99% des enfants avaient été vaccinés (Gustafson; 1987).

Ces échecs peuvent s’expliquer quand le vaccin est administré aux enfants de moins de 12 mois (Shaby, 1977) en présence des anticorps maternels contre la rougeole (Barrata, 1970). On estime que ces anticorps ont généralement disparu à 12 mois mais ils persistent encore plusieurs mois chez certains enfants et diminuent l’efficacité de la vaccination. Le taux de décroissance des anticorps maternels est inversement corrélé au niveau socioéconomique. » (page 41)

Pour que la vaccination soit efficace il faut que l’enfant ait perdu son immunité maternelle. Il faut donc qu’il y ait une lacune immunitaire dont la durée est imprévisible et variable selon les enfants. La vaccination ne peut donc créer une immunité complète pour toute la population à tous les âges. Les propriétés du vaccin font que c’est IMPOSSIBLE ! On sait cela depuis au moins 40 ans …

 

« La rougeole qui sévit dans les populations vaccinées est différente de la rougeole classique. Elle présente parfois des formes asymptomatiques ou des signes cliniques atténués. Le diagnostic clinique s’avère très difficile, ce qui augmente considérablement le nombre de personnes malades qui échappent au diagnostic. Le virus de la rougeole peut alors circuler sans être détecté dans une population vaccinée, ce qui augmente faussement l’estimation de l’efficacité de la vaccination (Orenstein  1988). » (page 41)

Le virus de la rougeole peut  circuler sans être détecté dans une population vaccinée

Ce fait épidémiologique est très lourd de conséquences. Chez l’animal, le vaccin contre la fièvre aphteuse à la même propriété et c’est pour cette raison qu’il fut interdit car  cela empêche de contrôler les épidémies, faute de savoir où se trouve le virus. Or cette information est indispensable pour avoir une chance d’éliminer une maladie.

La lutte contre la variole et contre les maladies animales ont clairement démontré que si on élève la couverture vaccinale en perdant la trace du virus, on échoue.

Malheureusement, en matière de lutte contre les maladies et l’utilisation des vaccinations, les arguments immunologiques et idéologiques sont beaucoup plus présents que les arguments épidémiologiques, surtout pour les maladies humaines.

« Plusieurs études mettent en évidence une diminution significative du taux d’anticorps avec le temps. Paradoxe entre la grande efficacité du vaccin contre la rougeole et l’apparition des épidémies soutenues au sein des populations vaccinées. Il existe une différence antigénicité significative entre certaines souches sauvages et les souches vaccinales, qui rend les premières plus résistantes aux anticorps induits par la vaccination. De telles souches seraient à l’origine de l’infection observée dans les populations vaccinées (page 130). Le passage du virus de la rougeole dans les populations vaccinées exposerait le virus à une immunosélection et à la production de variants qui seraient éventuellement moins efficacement neutralisés par l’immunité induite par le vaccin (page 76). »

On nous a affirmé que la vaccination était efficace toute la vie, rien n’est moins sûr.

« …l’hypothèse selon laquelle le vaccin vivant atténué induirait une protection à vie (Krugman 1983) a été remise en question après les épidémies de rougeole survenues chez des enfants ayant été vaccinés 15 ans auparavant (Gustafson et al. 1987;Samb et al ; 1995). » (page 43)

« Les mères immunisées par la vaccination ont peu d’anticorps et sont donc prédisposées à transmettre un faible taux d’anticorps à leurs enfants (Markowitz, 1996 ; Zanetta, 2002). Les enfants nés de mères vaccinées perdent plus tôt leurs anticorps maternels et sont donc susceptibles à un très jeune âge. »

«Les vaccins actuellement disponibles ne parviennent pas à bloquer complètement la transmission du virus dans la population .

On ne peut pas vacciner les enfants avant l’âge de neuf mois car la présence d’anticorps maternels réduit l’efficacité de la vaccination (Siber et al. 1993). » (page 29)

La conséquence est que des enfants peuvent faire des rougeoles très jeunes, moins d’un mois et que ces rougeoles sont très graves. Cela ne se produisait pas avant la vaccination.

« La vaccination ROR induit des taux de séroconversion plus faible chez des enfants âgés de 15 à 18 mois, enrhumés, par rapport à des enfants non enrhumés (Pabst, 1992 ; Maldonado, 1995).  En Chine, on a observé une diminution des anticorps pendant les quatre années suivant l’administration du vaccin. Huit ans après la vaccination, 12,9% des sujets n’avaient pas d’anticorps détectables (Xiang & Chen, 1983). »

« Le VIH augmente la transmission du virus de la rougeole et empiète sur les efforts d’éradication de cette maladie : la prévention est entravée par l’immunogénicité réduite du vaccin contre la rougeole chez les personnes infectées par le VIH. (Oxtoby,1989). La période de contagion est rallongée chez les sujets immunodéprimés (plus de 45 jours). »

« La stimulation naturelle serait plus efficace que la revaccination qui n’induit qu’une réponse de courte durée spécialement chez les enfants qui ont été vaccinés très tôt dans l’enfance (Stetler et al., 1986). Dans l’un et l’autre cas, la réponse à la stimulation est inversement proportionnelle au taux d’anticorps préexistants (Christenson & Bottiger, 1994).

 Conclusions de l’auteure de la thèse  (page 53) :« Au regard de toutes ces études,nous pouvons dire que l’immunité acquise par le vaccin contre la rougeole semble être un continuum, allant d’une protection totale et durable à une protection minimale ou nulle, en passant par une protection partielle ou temporaire. »

 Elle peut ainsi conclure : « Cette flexibilité de la réponse immunitaire est responsable de la circulation occulte du virus de la rougeole dans la population vaccinée. »

Comment soutenir dans ces conditions que la faiblesse de la couverture vaccinale serait seule responsable et que toutes les rougeoles qui apparaissent seraient évitables par la vaccination comme on le dit trop complaisamment ?

« Il a été rapporté des cas de rougeole chez des individus présentant une séroconversion après la vaccination. » (page 52)

Expérience dans une île du Pacifique, Voici ce qui a été rapporté au Colloque qui s’était tenu à Lyon le 2 décembre 1997  « Les maladies à prévention vaccinale dans les collectivités d’enfants et d’adolescents », Communication de Daniel Lévy-Bruhl (InVS) (page 34 ; version papier seulement) : «  Il y a eu une publication intéressante l’an dernier (1996) : sur une petite île isolée du Pacifique, dans laquelle il y avait eu une activité de vaccination 27 ans auparavant, aucun cas de rougeole n’avait été enregistré depuis…jusqu’à ce qu’une épidémie de rougeole survienne. C’est une situation expérimentale dans laquelle il n’y a ni rappels naturels, ni introduction du virus de la rougeole sur l’île. » Ce fut considéré comme une situation expérimentale.

Question : d’où venait le virus s’il n’y avait plus de rougeole manifestée sur l’île et s’il n’y a pas eu d’importation ?L’hypothèse la plus vraisemblable, la seule même, est que le virus avait circulé  »à bas bruit » dans la population et qu’il pu à nouveau provoquer des formes aigües de la maladie quand l’immunité d’une partie de la population commença à faiblir.

Il ne faut pas oublier que si les experts et les autorités sont obnubilés par la couverture vaccinale à 2 ans, le virus s’intéresse à l’immunisation de la population entre  0 et 100 ans. Des rappels pourraient-ils régler la question ? Le vaccin étant à virus vivant, comme pour les enfants il sera neutralisé par les anticorps présents. Or ces anticorps ne disparaitront pas au même âge chez des adultes, aussi il sera impossible de proposer des rappels efficaces au même âge, par exemple à 35 ans.

 

Altruisme de la vaccination contre la rougeole ?

Le vaccin étant à virus vivant il n’est pas possible de vacciner des personnes ayant un déficit immunitaire. Ainsi, parmi les 10 cas de rougeole décédés entre 2008 et 2011 il y en avait 7 avec un déficit immunitaire. Ces 10 cas n’étaient pas tous des enfants, comme il fut affirmé, car le plus jeune avait 11 ans, un autre avait entre 12 et 14 ans, 3 entre 15 et 23 ans, 3 entre 23 et 29 ans, un avait 30 ans et le plus âgé 68 ans.

En rappelant ces cas, Il  a été affirmé que la vaccination des autres permettrait de protéger ces personnes ayant un tel déficit. Malheureusement, comme le virus peut circuler sans être détecté, une telle affirmation est sans fondement. Plus encore, en l’absence de vaccination collective on pourrait être alerté par les cas se produisant au voisinage de cette personne, ce qui offrirait une chance pour la protéger des contaminations. Par contre, la circulation occulte du virus est imparable.

Un exemple chez le bétail

La vaccination contre la fièvre aphteuse est interdite en France pour le bétail. La raison en est justement que si les animaux vaccinés ne tombent pas malades ils peuvent transmettre le virus, ce qui  le rendrait incontrôlable. Si la rougeole était une maladie du bétail, sa vaccination serait interdite.

En l’an 2000 il y eut une importation de fièvre aphteuse en France à la suite de l’épizootie en Grand Bretagne. Des éleveurs manifestèrent pour réclamer le retour de la vaccination afin d’éviter, pensaient-ils, les abattages. Les experts ont précisé qu’il n’était pas question de vacciner car on perdrait tout le bénéfice de l’éradication acquise du virus des élevages français. Que si on le faisait ce serait pour gagner du temps si on était débordé mais que les animaux vaccinés seraient néanmoins abattus.

Dans la lutte contre le H5N1 en 2006 en France, il avait été précisé que si on vaccinait des élevages contre le H5N1 on laisserait des animaux témoins non vaccinés afin de savoir si le virus était passé sur l’élevage.

 

Couverture vaccinale ou pistage du virus ?

La lutte contre les épizooties du bétail comme celle de l’éradication de la variole chez l’homme (entre-autres)  ont clairement démontré que pour éradiquer un virus il était essentiel de savoir où il se trouve. Si la vaccination fait perdre la trace du virus comme c’est le cas avec la fièvre aphteuse et la rougeole, on échoue.

Bien que cette problématique n’existait par pour la variole, les campagnes d’éradication qui visaient seulement à élever la couverture vaccinale ont échoué. Il fallut pister le virus et cela fut réalisé par de grandes campagnes d’affichage montrant une petite fille atteinte par la variole. L’affiche avait été imprimée à 2 milliards d’exemplaires, autant que de doses de vaccins. Des équipes interrogeaient les habitants, leur demandant s’ils avaient vu de tels cas, offrant même des récompenses jamais payées.

Une fois repérés, les malades étaient isolés ainsi que leurs contacts (personnes proches). C’est ainsi que la variole a été vaincue et non par une élévation de la couverture vaccinale, quoiqu’on en dise. De plus, s’il est exact que ces contacts étaient aussi vaccinés, on sait aujourd’hui que dans ces conditions cette vaccination était pour le moins inefficace.

  • Pour transmettre la variole il fallait pratiquement être malade avec des pustules. Ce fut une des conditions essentielles qui a permis l’éradication. Ce n’est le cas ni pour la polio ni pour la rougeole. “Si on avait voulu inventer une maladie pour l’éradiquer on aurait inventé la variole” disait Donald Henderson directeur du programme d’éradication à l’OMS.

« Observations au cours des prospections spéciales au Rajasthan ( Dr Mahendra Singh) » [3] bas de la page 16 « Nous avons trouvé une transmission active avec une couverture vaccinale certifiée de 97% ». L’auteur commente ainsi cette observation : « Comme il est difficile de contacter et de vacciner chaque personne pour obtenir une couverture vaccinale complète à 100%, l’importance de la surveillance, les notifications précoces et la prompte mise en place des mesures de confinement est le SEUL moyen pour arrêter la transmission de la maladie »

 

Vérités scientifiques et vérités publiques

Sur ces questions brulantes de santé publique et de vaccinations on est contraint de constater l’existence de deux vérités, celle qui circule dans l’espace publique et celle connue par les experts. Par exemple, si les experts de cette question savent que la variole n’a pu être vaincue par la vaccination, les populations doivent croire que c’est la vaccination qui en a triomphé… De même, si les experts de la rougeole  savent que le virus de la rougeole peut circuler sans être détecté dans les populations vaccinées, même à 99%, l’affirmation propagée dans l’espace publique est que la vaccination arrête la circulation du virus…

Voici le résumé d’une communication plénière présentée au congrès Sfsp-Adelf des 4-6 octobre 2017 à Amiens :(Sfsp : Société française de santé publique ; Adelf : association des épidémiologistes de langue française),  Henri Bergeron – Directeur du Master «Organisations et Management des Ressources Humaines», Directeur du programme Santé du LIEPP, Coordinateur scientifique de la Chaire Santé de Sciences Po

« Nous envisageons dans cette présentation d’explorer les rapports d’affinité élective entre science et politique. Nous considérons ces rapports non comme une donnée, un point de départ de l’analyse, mais comme une construction dont il s’agit de décrire les conditions de possibilité, et, symétriquement, d’impossibilité. L’intervention tentera d’apporter quelques éléments de réponses aux questions suivantes :

1- qu’est-ce qui détermine la compatibilité d’un énoncé scientifique avec des impératifs d’ordre politique ?

2- Qu’est-ce qui fait obstacle à la circulation dans les espaces de la décision politique de certains faits pourtant consensuels dans les communautés scientifiques qui les produisent ?

3- Plus généralement : quels sont les mécanismes de la sélection des savoirs à des fins d’action publique ? »

Ce processus de sélection des savoirs à des fins d’action publique crée effectivement 2 vérités, la  »vérité scientifique » à diffusion limitée et la  »vérité à destination du public » qui va circuler dans l’espace public et qui sera propagée non seulement par les médias mais aussi par l’enseignement dans les écoles. On la retrouvera aussi, entre-autres,  au niveau des débats parlementaires et des études juridiques.

[1] On peut retrouver cette très belle thèse en tapant son titre : SOUCHES AFRICAINES DU VIRUS DE LA ROUGEOLE : ETUDE DE L’INTERACTION VIRUS-CELLULE  ET ANALYSES PHYLOGENETIQUES
Le lien direct est :
https://www.yumpu.com/fr/document/view/38634696/souches-africaines-du-virus-de-la-rougeole-etude-
[2] La référence vers Orenstein (ou autres auteurs cités dans la thèse) se trouve page 162 de la thèse.
[3] http://whqlibdoc.who.int/smallpox/SE_WP_70.12.pdf

Retrouvez Bernard Guennebaud ici: adelf-sfsp.fr/?p=15493

La rédaction de l'AIMSIB

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