Le CASSIS, qu’est ce que ça casse ?

À Cassis, près des calanques de Marseille, la devise de cette petite ville portuaire et balnéaire est « Qu’à vist Paris et noun Cassis à ren vist » et moi je dirais : « Quà béu pastis et noun cassis a ren béu. »
Ou encore : « Qui a bu du Pastis, même à Cassis et pas du blanc cassis en Bourgogne…n’a rien bu ».
Bon, je sais, ce n’est pas bien « aligoté » mais c’est si vrai et si bon !

Alors, parlons cette fois ci du cassis que tout le monde connaît comme étant une des trois plantes fruitières communes dans les jardins de curé, à coté du groseillier et du framboisier, tous arbrisseaux de santé auxquels la sagesse populaire attribuait et attribue encore des vertus médicinales non usurpées.
Le cassis est le nom vernaculaire du Ribes Nigrum, arbrisseau originaire de l’Europe septentrionale, une Grossulariacée qui pousse spontanément dans les régions montagneuses et froides de la zone paléoartique. Plante typiquement d’Europe, elle colonise volontiers les lieux humides, ombragés et les sols légers.
Acclimaté en Amérique du nord où on le nomme « black currant », son fruit constitué de petites baies noires (bleu très foncé), acidulées et riches en tanins donnent un jus épais et violacé comme ceux de l’ aronia mélanocarpa ou de la myrtille auxquels il ressemble mais avec un parfum particulier caractéristique qui fait que l’on préfère son jus pour adoucir le vin auquel on le mélange ou pour en faire un ratafia fort apprécié.

En Europe, les plus grand producteurs en sont la Russie ( 150000 t par an) et la Pologne, mais la France n’est pas en reste (10000 t) avec notamment le Val de Loire (5 000 tonnes), et la Bourgogne (2 000 tonnes), l’Oise (1 600 tonnes) ainsi que la vallée du Rhône (1 400 tonnes) qui en produisent deux variétés dont le noir de Bourgogne et le black down .

Connu aussi sous les noms de gadelier et de groseillier noir, il a pour la première fois été cité pour l’action thérapeutique de ses feuilles par Hildegarde von Bingen, qui recommandait les feuilles fraîches frottées contre les piqûres d’insectes et en onguent pour guérir la goutte. Cette très grande figure spirituelle du XII siècle, devenue Docteur de l’Église en 2012, véritable médecin de son époque, auteure de La Physica et Causae et curae, deux ouvrages médicaux inspirés de Constantin l’Africain ainsi que d’Hippocrate, de Galien, de Dioscorideide et des médecins arabes. La médecine populaire allemande tient aussi une large place dans ses ouvrages et son savoir encyclopédique aurait été lié à sa situation géographique, les liaisons fluviales d’une région rhénane communiquant aussi bien avec la mer noire par le Danube qu’avec la Méditerranée par le Rhin, la Saône le Rhône, lui donnant ainsi accès à de nombreuses sources de savoir.

Quels sont les principaux éléments actifs du cassis ?

Il en comporte de multiples, jugez-en : les Flavonoïdes et les tanins dans les feuilles et les baies, les prodelphinidols dans les feuilles, les proanthocyanidines, la pectine et la vitamine C2 dans les baies, l’acide linoléique, l’acide alpha-linoléique, l’acide gamma-linoléique, l’acide stéaridonique dans les graines.
Actuellement, les feuilles sont utilisées pour les douleurs rhumatismales, le jus pour les maux de gorge et toux causés par le rhume ou la grippe ainsi que pour la diarrhée et la protection vasculaire.

Qu’en disent actuellement les études scientifiques ?

  • A propos du ou des virus de la grippe, le lien suivant sur un traitement par un extrait de feuilles de cassis (LADANIAS067) a entraîné une réduction des titres du virus de la descendance dans des cultures cellulaires infectées par des souches de virus grippal aviaire et humain prototype de différents sous-types. Extrait : « Dans le modèle d’infection chez la souris, le traitement par LADANIA067 réduit les titres de virus de la progéniture dans les poumons lors de l’application intranasale. En conclusion, un extrait des feuilles du cassis sauvage pourrait être une source prometteuse pour le développement de nouveaux composés antiviraux pour lutter contre les infections IAV. »
    (1) Antiviral activity of Ladania067, an extract from wild black currant leaves against influenza A virus in vitro and in vivo
  • Concernant la protection des cellules de l’organisme, les composés contenus dans les fruits et les feuilles de cassis sont connus comme des agents agissant de manière préventive et thérapeutique sur l’organisme. Riches en anthocyanines de polyphénols dans les fruits et les flavonoïdes dans les feuilles, ils ont une activité antioxydante et sont bénéfiques pour la santé . Extrait : « L’étude FTIR a montré que les extraits modifient la membrane érythrocytaire et la protègent contre les radicaux libres induits par le rayonnement UV. »
    (2) Biological Activity of Blackcurrant Extracts (Ribes nigrum L.) in Relation to Erythrocyte Membranes
  •  Le cassis ( comme la myrtille) est réputé avoir un effet protecteur voir curatif sur la vue. Une étude récente sur le glaucome impliquant un essai randomisé de 24 mois à double insu et contrôlé par placebo a  révélé que « l’administration orale d’anthocyanines de cassis (BCAC) ralentissait la détérioration et l’élévation du champ visuel du flux sanguin oculaire du glaucome à angle ouvert (OAG) ».
    (3) Biological Activity of Blackcurrant Extracts (Ribes nigrum L.) in Relation to Erythrocyte Membranes
  • Une autre étude sur la protection des anthocyanines (PAC), isolées des feuilles de cassis sur l’accumulation de neutrophiles au cours des processus inflammatoires, ont été étudiés in vivo et in vitro.
    (4) Proanthocyanidins, from Ribes nigrum leaves, reduce endothelial adhesion molecules ICAM-1 and VCAM-1

Les diabétiques aussi bénéficient des bienfaits du cassis :

Extrait de la revue « Nutriments 2017 octobre publié en ligne 2017 oct. 12. :
« Les anthocyanes alimentaires et la résistance à l’insuline: quand la nourriture devient un médicament ». Extraits de l’abstract : « Un certain nombre de produits naturels qui agissent par le biais de mécanismes multiples ont également été identifiés pour améliorer la sensibilité à l’insuline dans les organes cibles. Un groupe de ces composés qui ont suscité un intérêt ces dernières années sont les anthocyanes alimentaires. Les données de leurs études in vitro, in vivo et cliniques sont examinées dans cette communication pour montrer leur bénéfice potentiel pour la santé par l’amélioration de la résistance à l’insuline ». … « Les données de leurs études in vitro, in vivo et cliniques sont examinées dans cette communication pour montrer leur bénéfice potentiel pour la santé par l’amélioration de la résistance à l’insuline. Mécanisme d’action spécifique allant du ciblage de récepteurs de transduction de signaux spécifiques / enzymes aux mécanismes antioxydants et anti-inflammatoires généraux de la résistance à l’insuline sont présentés. »
(5) Dietary Anthocyanins as Nutritional Therapy for Nonalcoholic Fatty Liver Disease

Autres bénéfices du cassis :

Enfin, en ce qui concerne les propriétés contre les maladies vasculaires et le cancer, elles sont les mêmes que pour les autres baies rouges. Il n’y a pas d’études spécifiques pour le cassis, celui-ci étant englobé avec les autres baies en raison de leurs richesses en antioxydants. On peut distinguer toutefois une étude sur la maladie d’Alzheimer, effectuée sur des souris, au cours de laquelle a été utilisé un mélange de myrtille et de cassis avec un certain succès.
(6) Emerging drug targets for Aβ and tau in Alzheimer’s disease: a systematic review

Et pour terminer cette dernière qui démontre que la consommation de nectar de cassis avant et après un exercice excentrique atténue les dommages musculaires et l’inflammation :
(7) Black Currant Nectar Reduces Muscle Damage and Inflammation Following a Bout of High-Intensity Eccentric Contractions.

Cette liste d’études n’est pas exhaustive mais elle confirme que non seulement la brave Hildegarde von Bingen avait raison, mais le savoir populaire aussi…

Il s’agit aussi d’un fruit qui contient 200 mg de vitamines C pour 100 g, soit bien plus qu’une orange;  ce qui explique en partie ses bons effets sur la santé. On en fait des gelées, des confitures, des sorbets des coulis et ce fruit se prête à la dessiccation pour le conserver, comme les baies d’aronia. Aussi pourquoi s’en priver ?
Quoi qu’il en soit et en ce qui me concerne, j’agrémente mon verre matinal de jus d’aronia au goût plutôt acidulé et âpre, d’un complément de jus de cassis dont l’arôme me permet d’en apprécier tous les bienfaits. D’eautre part, je ne rechigne pas de déguster une liqueur de cassis comme en Bourgogne, avec un vin Aligoté bien frais. De toute façons, pour ceux qui veulent en goûter toutes les saveurs, le Cassissium, musée du cassis à Nuits Saint Georges, permettra d’en apprécier toutes les saveurs et son histoire et pour ce qui est du  ratafia de cassis, de nombreuses recettes existent sur le net.

À la vôtre… et bonne Année 2018.

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