Mon cher Confrère,

Sachez au préalable que j’apprécie au plus haut point la parfaite courtoisie de votre réponse. Que je respecterai naturellement jusqu’à la fin de ce courrier.

Vous me citez deux articles pour justifier de vos prescriptions de statines aux Insuffisants Rénaux Chroniques non dialysés ;

Votre premier lien (1) ne montre en rien la conformité de votre pratique avec ce que les rédacteurs de cet article vous intimaient. Atorvastatine à 10 mg puis hardiment 20 mg pour Madame C.D. quand des hautes doses préconisées par Pfizer vous intimaient plutôt 80 mg/j… Que vous navez jamais proposé à notre patiente, par bonheur, mais alors pourquoi me citer cet article que vous ne mettez pas vous-même en pratique ? Parce qu’en homme avisé, vous nen avez pas cru inconsciemment un traître mot ?

Quant au second, sachant que les conclusions doivent ressembler à un bouquet final identique à tous les 14 Juillet réussis, reconnaissez que celui-ci fait plutôt office de pétard mouillé : « Statin therapy does not reduce the risk for kidney failure events in adults not receiving dialysis for whom kidney disease outcomes were reported, but may modestly reduce proteinuria and rate of eGFR decline ».

« Modestly reduce », vous savez comme moi à quoi ce vocable anglo-saxon médical équivaut exactement, une sorte de « nous n’avons absolument rien démontré », mais en plus bienveillant pour les sponsors de létude…

Je ne suis pas néphrologue et ne rechercherai pas ce qui n’existe pas, rien n’ira sérieusement dans votre sens, peut-être vous souvenez-vous de l’étude ERICABEL (3) de 2012 qui déclarait une nette augmentation des microalbuminuries sous statines.

Il semble que preuve soit faite que de fortes doses de statines pourraient provoquer des insuffisances rénales aiguës, mais pas d’insuffisance rénale chronique, pourquoi, je ne suis pas non plus immunologiste…

L’étude 4S-Merck fêtera bientôt ses 22 ans. 30 % de mortalité en moins, vous en souvenez-vous ? Tout est fini, on ne rêve plus, oublions les méta-analyses, regardez les chiffres avoués des firmes :

essais-cliniques-reduction-mortallites-avant

essais-cliniques-reduction-mortallites-apres

 

 

 

 

 

Étonnant, non ?

Comment comprenez-vous qu’avec 135 milliards de dollars de chiffres d’affaires engrangés par an par les statinofirmes depuis 22 ans celles-ci ne puissent accoucher que de deux méta-analyses franchement confidentielles (je suis bienveillant) pour appuyer votre volonté intuitive de néphroprotection par statines ?

Les statines ne protègent de rien, jamais, personne, pas même les hyperliprotéinémies familiales homozygotes !

Cette volonté protectrice, s’agissant des diabétiques, fut finalement démontrée comme parfaitement inepte. Et plus, intentionnellement mensongère (5).

Comme celle de la prévention secondaire des AVC/AIT par statines, une tricherie monstrueuse (6).

Comme celle de lhépatoprotection des statines aussi d’ailleurs (7)… un concept qui n’a pas tenu bien longtemps.

Permettez-moi de vous relire,  » jai prescrit à la patiente la prise de 10 mg dATORVASTATINE, « ce type de médicament ayant vraisemblablement un effet de protection néphronique »  » et c’est vous qui y introduisez des guillemets ! 20 ans plus tard et les statinofirmes ne vous ont toujours rien démontré (vous imaginez leurs désirs de néphroprotection désintéressés, tous ces insuffisants rénaux chroniques à travers le monde…) et vous suspectez à Lille un effet positif que les firmes américaines n’auraient pas eu l’idée de démontrer ? L’idée ou… la possibilité ?

Vous écrivez aussi en conclusion, sûr de vos intuitions, « « que lindication de prescription de statines chez Mme C.D. s’est faite non pas dans un but de prévention cardiovasculaire primaire, mais dans un but de néphroprotection… »

Souvenez-vous que la politique du médicament en Europe répond à des critères d’une précision militaire. Il n’existe aucune indication reconnue pour aucune statine dans l’indication de la « néphroprotection », pourquoi ? Parce qu’aucune firme, aussi riche qu’elle soit, n’a jamais pu rien démontrer à ce sujet.

Donc, mon cher Confrère, vous et les collègues qui vous suivent dans cette voie prescrivez systématiquement hors AMM.

  • Ce qui vous charge considérablement en termes de responsabilité médico-légale en cas d’effet adverse sévère.
  • Ce qui vous impose en plus de signifier à vos patients la raison qui vous pousse à prescrire un médicament qui n’a pas été retenu dans cette indication.
  • Ce qui vous oblige pour finir à apposer la mention NR en face de votre prescription, NR pour Non Remboursable car naturellement une prescription hors AMM est non remboursable et reste à la charge pleine et entière du patient, quelque chose me dit que tout ceci n’a pas été complètement intégré dans votre pratique quotidienne…

Je vous propose une option plus simple, plus radicale, plus difficile aussi au début; celle d’abandonner définitivement la théorie du Cholestérol qui tue, je veux bien vous aider à vous apporter tous les documents propres à nourrir votre réflexion. La Néphrologie est une discipline médicale exceptionnelle de vraie science et d’intelligence, alors que les statines nous polluent l’esprit et détruisent inutilement nos malades.

A vous lire avec toujours le même plaisir,

Très Confraternellement,

Dr Vincent Reliquet
Comité médical AIMSIB
64 Avenue Alfred Lefrancois 
Alhena 1 – 59200 Tourcoing

03 20 76 84 01

(1) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26151753

(2) https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26905361

(3) http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0031639

(4) http://www.ajconline.org/article/S0002-9149(15)02315-2/abstract

(5) https://aimsib.org/2016/08/18/pas-de-statines-pour-les-diabetiques/

(6) https://aimsib.org/2015/12/24/lettre-ouverte-dr-ferriby-chef-de-service-de-neurologie-ch-tourcoing/

(7) https://aimsib.org/2016/02/07/lettre-ouverte-docteur-noemie-tavernier-gastro-enterologue-ch-dron/

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